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ITW Fatou N’Diaye : « Le doublé avec Valenciennes fut la consécration ! »

Interview

Montage Une Laurent Rullier pour Basket Rétro

Fatou Kiné N’Diaye a connu une carrière aussi brillante qu’atypique. Après avoir débuté au Sénégal, son pays natal, puis disputé le championnat d’Afrique avec les Lionnes, elle a rejoint le championnat de France…et les Bleues ! Elle demeure ainsi une légende du basket féminin sur les deux continents et a accepté de répondre aux questions de Basket Rétro.

Basket Rétro : Pouvez-vous nous parler de vos premiers pas sur un terrain de basket au Sénégal ?

Fatou N’Diaye : J’habitais le quartier Point E à Dakar, ma ville natale. C’est là que se trouvait l’université où les jeunes se rendaient après les cours, à partir de dix-sept heures, pour leurs activités sportives. Moi, c’était le handball, car je voulais être avec les copains et les copines. Comme j’avais une belle taille, un coach, qui était également de ma famille, m’a remarqué et m’a proposé de faire du basket. Au début je ne voulais pas me séparer de mes amis, mais finalement, avec l’aide de mon père, ils ont fini par me convaincre. J’ai commencé à jouer au collège et en club à l’âge de 15 ans.

BR : Comment êtes-vous arrivée dans le monde professionnel ?

FND : Mon arrivée dans le monde professionnel s’est faite progressivement. Au départ, je pensais vraiment allier études et sport, mais, très vite, mon pari est tombé à l’eau et le basket a pris le dessus. Les entraînements tous les jours, puis le championnat et enfin la coupe d’Europe… A partir de là il a fallu batailler avec l’aide des agents pour imposer au club de nous faire des contrats. Je peux dire que nous étions les pionnières.

BR : Vous avez participé très jeune au Mondial à Séoul en 79 et au championnat d’Afrique en 1981, pouvez-vous nous raconter ces expériences ?

FND : Le Mondial à Séoul fut une expérience inoubliable. J’avais à peine deux années de basket derrière moi mais le coach Bona avait décidé de préparer la relève. C’est comme cela que nous nous sommes retrouvées au championnat du monde ! On a joué contre les USA en zone press tout terrain, c’était impossible de franchir la ligne médiane ! (rires) Quand le coach m’a appelé pour faire un changement, j’ai fait semblant de ne pas l’entendre. On a même joué contre la France, là aussi en perdant avec 30 points d’écart. Je découvrais le haut niveau ! Deux ans après Séoul, ce fut un pari gagnant pour le coach Bona au championnat d’Afrique ! J’étais bien prête, le Sénégal devait encore défendre son titre mais cette fois il y avait aussi une grande nation en face, le Zaïre ! C’était à Dakar, devant notre public, la finale fut âprement disputée mais on a fini par gagner et j’ai été la MVP !  Inoubliable !

« On a joué contre les USA, c’était impossible de franchir la ligne médiane. Quand le coach m’a appelé pour faire un changement, j’ai fait semblant de ne pas l’entendre. »

BR : Le succès obtenu avec la sélection sénégalaise a-t-il été important pour la suite de votre carrière ?

FND : Le succès a joué un rôle dans ma carrière car je voulais toujours aller plus loin atteindre le haut niveau.

BR : Comment être vous arrivée en France ?

FND : Mon père était militaire et a fait toute sa carrière en France. Notre famille était divisée en deux avec une partie vivant en France et l’autre au Sénégal. Au moment où j’ai décidé de partir poursuivre ma carrière, j’avais le choix entre une université aux Etats-Unis et la France. J’ai choisi la France car j’y avais de la famille.

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En 1994, Fatou N’Diaye et Valenciennes ont fait le doublé coupe-championnat

BR : De votre passage dans le championnat de France on retient surtout vos exploits à Valenciennes, pourquoi cela va-t-il si bien marché dans le Nord, notamment en 1994 où vous avez réussi le doublé coupe-championnat ?

FND : Oui, le doublé avec Valenciennes fut la consécration ! Mais on peut me comparer à Poulidor car j’ai été sept fois vice-championne de France avec le Racing club de France et avec Villeurbanne, des grands clubs ! Mais c’est donc avec l’USVO que cela a marché. L’entraîneur Marc Silver avait de grandes ambitions et il a su bâtir avec feu Monsieur Leroux puis avec le Maire de l’époque, Jean-Louis Borloo, cette grande équipe de l’USVO qui a fait les beaux jours du basketball féminin français. Sans oublier la gentillesse des nordistes et le public formidable.

« Marc Silver avait de grandes ambitions et il a su bâtir avec feu Monsieur Leroux puis avec le Maire de l’époque, Jean-Louis Borloo, cette grande équipe de l’USVO qui a fait les beaux jours du basketball féminin français. »

BR : Quelles étaient les différences entre le championnat de France et les matchs de coupe d’Europe ?

FND : C’est la dimension internationale. On rencontre les meilleurs clubs européens et donc le niveau est plus élevé.

BR : Vous avez rejoint les Bleues à partir de 1987, comment êtes-vous passée de joueuse internationale sénégalaise à joueuse internationale française ?

FND : Comme je l’ai dit plus tôt, je suis née d’un ancien militaire français. Je suis née Française. La France m’a sélectionnée, le Sénégal n’a pas posé son véto et c’est comme ça que je me suis retrouvée en équipe de France.

BR : Quels souvenirs gardez-vous des deux championnats d’Europe que vous avez disputés en 1987 et 1989 ?

FND : Deux campagnes très difficiles ! Nous devions d’abord faire face au gros bloc de l’ex-URSS, avec la Yougoslavie, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Bulgarie Il y avait ensuite l’Italie, l’Espagne et les Pays-Bas et on a fini à la 8ème place lors de ces deux campagnes.

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Fatou N’Diaye en équipe de France

BR : En 1989, vous avez aussi remporté les jeux de la francophonie en battant le Sénégal en finale, qu’avez-vous ressenti ?

FND : Drôle de sensation ! Dix ans plus tôt j’étais à Séoul avec l’équipe nationale du Sénégal, et là je me retrouvais avec l’équipe de France. C’est extraordinaire, que de chemin parcouru !  Dès que le coup d’envoi est donné on joue pour gagner. Comme je dis, la France a gagné mais le Sénégal aussi car je me considère comme une ambassadrice du basket sénégalais, qui a toujours eu d’excellents techniciens qui ont formé de très grands joueurs et de très grandes joueuses.

BR : Quels sont les entraîneurs, les coéquipières ou les adversaires les plus marquants de votre carrière ?

FND : Entraîneurs, coéquipières, adversaires, dirigeants, officielles : La liste serait très longue, ils ont tous joué un rôle super important dans ma carrière et je leur dis merci. Je fais partie de la grande famille du basket français. C’est avec un grand plaisir que le Club des internationaux -avec notre présidente Isabelle Fijalkowski- se retrouve pour supporter l’EDF. C’est pareil pour les Lionnes du Sénégal !

BR : Vous avez reçu le trophée de meilleure joueuse africaine, qu’est-ce que cela représente ?

FND : Une belle reconnaissance pour l’ensemble de ma carrière ! C’est une très belle initiative de News Basket BeAfrica pour mettre en lumière tous ces talents africains qui brillent dans les championnats européens, américains et partout dans le monde. Le basket féminin souffre encore du manque de visibilité. De la part de ceux étaient présents lors de la remise de mon trophée et également à travers tous les messages que j’ai reçus, j’ai ressenti beaucoup d’estime, de respect et d’amour et ça fait vraiment plaisir. Merci !

« Le trophée de meilleure joueuse africaine ? Une belle reconnaissance pour l’ensemble de ma carrière ! »

BR : Y a-t-il un dernier souvenir que vous aimeriez nous raconter ?

FND : Oui, une anecdote. Après les premiers jeux de la francophonie au Maroc en 1989, que j’ai remportés avec l’équipe de France, je suis rentrée au Sénégal pour mes vacances d’été. Arrivée à Dakar, au niveau des contrôles de police, je présente mon passeport français et, le policier, très menaçant, me dis fermement « mettez-vous sur le côté, vous ne pouvez pas rentrer dans le territoire ». Surprise et apeurée, je lui demande pourquoi et ce que j’ai fait. Là, il réplique, « avec la France vous avez joué contre le Sénégal on a perdu à cause de-vous, vous avez marqué trop de paniers alors vous ne rentrez pas ici ! »  Ouf, c’était une blague, j’ai souri et je lui ai demandé de me pardonner, j’ai félicité les Lionnes du Sénégal qui n’avaient pas démérité. A son tour il m’a félicité, me disant qu’il était fier de mon parcours.

Propos recueillis par Alexandre Rivet pour Basket Rétro
Merci beaucoup à Fatou N’Diaye de nous avoir accordé cet entretien !

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