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Ernie DiGregorio: March Madness 1973 et passes dans le dos

NCAA

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Quand il s’agit du basket, certains joueurs se reposent sur les fondamentaux, d’autres sur leur créativité. Ces catégories ne sont bien sûr pas exclusives, mais s’il fallait en choisir une où placer Ernie DiGregorio, beaucoup choisiraient la seconde. Plus adepte de la passe dans le dos que de la passe classique, il s’inscrit avec Pete Maravich dans cette génération de passeurs à l’inventivité folle.

Natif de Rhodes Island, et plus précisément de North Providence, Ernie DiGregorio a grandi dans les quartiers italiens de la ville. Après un titre de champion au lycée avec North Providence High School, il est recruté en 1969 par les Providence Friars qui viennent de perdre leur coach Joe Mullaney aux Los Angeles Lakers. Le nouveau coach, Dave Gavitt va jouer un grand rôle dans la réussite d’Ernie D comme on le surnomme. Non pas que son talent soit remis en question, mais ses qualités de dribble, de passe et de tir demandent de lui laisser la balle en main et mener l’équipe comme il l’entend. Certains coachs se seraient arrachés les cheveux devant des possessions comme celle-ci :

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Mais c’est le prix à payer pour profiter de sa créativité hors norme :

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Bien que le programme de basket-ball de Providence College existe depuis 1928 (avec une interruption entre 1935 et 1948), aucune des stars de l’équipe par le passé ne venait de Rhode Island. Ernie devient donc rapidement l’idole des fans, et inspire tous les enfants de la région à tenter des passes dans le dos. Son physique quelconque, haut de 1m83 pour 81kg, permet au public de s’identifier en lui. C’est surtout le cas pour la partie nord de la ville, car South Providence héberge pour sa part une grosse communauté afro-américaine et les tensions raciales sont nombreuses. Ces quartiers supportent pourtant bien les Friars, et ce grâce à un autre enfant de la région: Marvin Barnes qui rejoint Providence en 1971. Intérieur capable de scorer, capter les rebonds par dizaines et défenseur émérite, Barnes complète parfaitement les qualités de DiGregorio et leur entente sur le terrain va faire vibrer les supporters pendant deux saisons :

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Ernie DiGregorio pour Marvin Barnes

Leur relation va bien au-delà des terrains, pourtant de leur taille à leurs origines, tout semble les opposer. « J’ai grandi militant. […] Noir et fier, et tous ces trucs. Je détestais les blancs. La totale. » raconte Barnes « Quand j’étais à Providence, j’avais l’habitude de descendre au South Providence Recreation Center et tout le monde traitait Ernie de punk ou pire. Je le défendais tout le temps. Il me disaient de le ramener dans le ghetto et qu’ils lui botteraient le cul. Du coup un jour je l’ai fait… Et c’est lui qui leur a tous botté le cul, il leur a montré ». Forts de ce duo, les Friars vont retrouver le tournoi NCAA en 1972 pour la première fois depuis 1966. Mais les Penn Quackers du coach Chuck Daly se montrent intraitables au premier tour et renvoient Providence à la maison. La saison suivante, l’arrière Kevin Stacom rejoint l’équipe pour ajouter du shoot et l’équipe déménage dans une nouvelle salle: le Providence Civic Center.

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Menés par deux jeunes locaux en train de devenir des stars, le tout dans une salle flambant neuve de 12000 places en plein centre ville, les fans s’attendent à vivre la meilleure saison de l’histoire de Providence. Et les résultats sont à la hauteur de ces attentes: sur la saison régulière les Friars sont invaincus à domicile et terminent avec un bilan de 24-2. Ernie DiGregorio atteint une renommée nationale grâce à son style spectaculaire en transition, et avec 24,5 points et 8,6 passes il est élu dans la Consensus All-American First Team. Arrivés à la March Madness, l’équipe ne baisse pas de rythme et reste fidèle son style de jeu. Les deux premiers tours sont une formalité, face à St Joseph’s dans un premier temps (89-76) puis Pennsylvania pour une revanche de la saison passée (87-65). DiGregorio se distingue avec deux performances de haut niveau et compte bien emmener son équipe vers le premier Final Four de son histoire. Sur leur chemin en finale régionale se dresse Maryland que leur coach Lefty Driesell surnomme les « UCLA de l’Est ». Heureusement pour les Friars, les surnoms ne font pas tout, et sur le terrain ils vont encore démontrer leur supériorité. Ernie D inscrit 30 points et délivre 5 passes décisives en seulement 27 minutes de jeu pour une victoire finale 103-89. Providence va bien découvrir le Final Four. Opposés aux Tigers de Memphis State en demi-finales, ils ne comptent pas faire de la figuration comme le montre DiGregorio dès la première minute de jeu avec cette passe incroyable :

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Ernie DiGregorio pour Kevin Stacom

Menés par le futur quintuple all-star Larry Kenon, Memphis State va subir les assauts de Friars déterminés. Impuissants, les Tigers se retrouvent avec un retard d’une grosse dizaine de points en première mi-temps. Mais après 11 minutes de jeu, Marvin Barnes se blesse au genou et ne peut rester sur le terrain. Orphelins de leur pivot qui tournait à 20 points et 15 rebonds sur le tournoi, Ernie et ses coéquipiers vont sombrer. Incapables de lutter sous les arceaux, ils vont perdre la bataille du rebond 51-36 et s’incliner finalement 98-85 malgré les 32 points et 7 passes de DiGregorio.

Memphis s’inclinera en finale face aux Bruins d’UCLA du coach John Wooden. Sous l’impulsion de Bill Walton MOP pour la deuxième fois, ces derniers remportent leur septième titre consécutif et le neuvième en dix ans. Quant à Providence, toujours privés de Barnes, ils s’inclinent dans le match pour la troisième place face à Indiana. Ernie peut se consoler avec le titre honorifique de meilleur scoreur du tournoi du haut de ses 128 points soit 25,6 par match. Il est également élu dans la All-Tournament Team aux côtés de Bill Walton, Larry Kenon, Larry Finch et Steve Downing.

La conclusion de ce tournoi est une déception pour Ernie mais un avenir brillant l’attend chez les pros. Avant cela, il permet aux USA de se venger de leur défaite aux JO de 1972 dans un remake du match face à l’URSS. Avec son ami Marvin Barnes ils vont inscrire 46 points, Ernie ramenant à lui seul les USA de 69-73 à 73-73 dans la dernière minute du match pour une victoire en prolongations 89-80. Pendant la rencontre, DiGregorio va subjuguer tout le monde, faisant admirer toute sa panoplie de dribbles et de passes, humiliant plusieurs défenseurs au passage :

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DiGregorio lors de la rencontre USA-URSS du 7 Mai 1973

Cette exhibition ravit les Buffalo Braves qui viennent de le sélectionner avec le troisième choix de la draft 1973. Et sur sa première saison, associé au Rookie of the Year en titre et futur MVP Bob McAdoo, il fait plus que répondre aux attentes. Avec 15,2 points et 8,2 passes, il est directement le meilleur passeur de la ligue. Il est également premier en pourcentage aux lancers francs et est logiquement élu à son tour Rookie of the Year. Le 1e janvier 1974, lors d’un match face à Portland, Ernie délivre 25 passes décisives. Un record pour un rookie qui ne sera qu’égalé par la suite par Nate McMillan. C’est aujourd’hui encore la 8e meilleur performance à la passe de l’histoire NBA. Bob Cousy l’adoube comme son successeur, le qualifiant même de « meilleur playmaker vivant ».

Malheureusement ce qui aurait dû n’être qu’une promesse se révélera être le sommet de la carrière professionnelle d’Ernie DiGregorio. Au début de la saison suivante il subit une grave blessure au genou dont il ne se remettra jamais. Malgré son apport en attaque, sa défense est défaillante à cause d’une mobilité latérale insuffisante, les suiveurs de la ligue commençant à le surnommer ironiquement Ernie No-D. Son temps de jeu diminue progressivement et après trois saisons en demi-teinte les Braves l’envoient à Los Angeles pour la saison 1977-78. Son niveau ne s’améliorant pas il est coupé le 30 janvier et signé dans la foulée par les Celtics. Il jouera son dernier match NBA le 9 Avril 1978 sous le maillot des Celtics face à ses anciens coéquipiers des Braves et son grand ami Marvin Barnes. Espoir gâché, Ernie DiGregorio laisse néanmoins derrière lui un héritage du beau jeu, en ayant toujours cherché à faire du basket-ball un spectacle.

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