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Bobby McDermott et l’avènement des ligues professionnelles

Hiistoire

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Considéré à la fin de sa carrière comme le meilleur basketteur ayant jamais foulé un parquet, Bobby McDermott est avant tout le représentant d’une époque. Ayant joué toutes les années 1930 et 1940, il a vu l’essor de la professionnalisation et la transition des ligues régionales aux ligues nationales. Sa domination et la révolution du jeu qu’il a amené auront également fortement contribué à l’émergence de la franchise des Pistons.

Robert McDermott naît en 1914 dans le Queens. C’est dans un gymnase du quartier, le Warlow Club, qu’il fait ses armes de basketteur dès son plus jeune âge. Arrivé à l’adolescence, McDermott est déjà un joueur remarquable. Son shoot très courbé, qu’il a dû développer pour tirer au dessus des poutres qui traverse son gymnase, en est un bon exemple. A cette époque le basket est à un stade critique de son existence. La popularité a grimpé progressivement pendant tout le début du siècle, appuyée par des équipes itinérantes comme les Celtics, Globetrotters ou Renaissances dans les années 1920. A ce stade des centaines d’équipes, qu’elles soient itinérantes ou évoluant dans des ligues régionales, ont vu le jour. Mais la crise de 1929 va porter un sévère coup au basket professionnel. Les équipes ne parviennent plus à attirer le public et donc à payer leurs joueurs. Le basket universitaire supplante donc logiquement le basket professionnel. C’est cette même crise qui va pousser, en 1930, McDermott à quitter le lycée à tout juste 16 ans pour se lancer chez les pros. Car même si sa famille ne craint pas la famine, les 5$ par match qu’il empoche ne sont pas négligeables en ces temps. Il passe donc d’équipe en équipe pendant quelques années pour gagner de l’argent là où il peut. N’ayant pas de contrat il va simplement vers le plus offrant, évoluant le plus souvent dans des équipes de la Queens’ Steinway Merchants League.

C’est dans ces années que le style de jeu de McDermott s’affirme clairement. Sa première caractéristique est sa combativité, souvent excessive, qui le verra être exclu dès son premier match professionnel. Mais ce n’est pas qu’un trait de caractère aléatoire, sans cela impossible de survivre pendant la crise. En effet, les vétérans voient d’un mauvais œil l’arrivée d’un jeune qui pourrait grignoter leur temps de jeu et donc leur gagne pain. McDermott doit donc parfois faire des interceptions dans les mains de joueurs de sa propre équipe pour pouvoir toucher la balle. Il se retrouve souvent à se battre que ce soit contre des adversaires ou des coéquipiers. Sa deuxième caractéristique est son tir, c’est un tir à deux mains qui part du torse, rien d’inhabituel alors, mais ce qui le différencie des autres est sa précision et sa régularité. McDermott semble pouvoir tirer de n’importe où et marquer s’il n’est pas défendu de près. Le basket se joue alors presque exclusivement au sol, les pourcentages au tir de loin sont catastrophiques (dans les 10 ou 20%) et l’objectif pour les attaques est d’accéder au panier. Les défenses sont donc des défenses de zones qui cherchent à bloquer les lignes de passe et à bloquer l’accès au cercle. Les tirs extérieurs de McDermott changent entièrement la donne, les défenses doivent sortir pour l’empêcher de tirer et se retrouvent complètement désorganisées.

Après quatre ans à passer d’une équipe à l’autre, McDermott rejoint finalement la American Basketball League ressuscitée en 1933 après deux ans d’interruption. Ligue majeure des années 1920 où elle s’étendait de New York à Chicago, la ABL renaît dans une version réduite. Afin de favoriser la fidélité des fans la ABL cherche à empêcher les joueurs de changer d’équipe en instaurant des contrats quasi-systématiques. On doit également à cette ligue l’implémentation dans le basket professionnel de la règle des trois secondes, des expulsions pour répétition de fautes ou de la fin du double dribble. Arrivé en cours de saison chez les Brooklyn Visitations, McDermott a un impact immédiat sur l’équipe avec ses 8,9 points/matchs. Il faut noter qu’en l’absence de la règle des 24 secondes et avec les pourcentages au tir de l’époque, la plupart des équipes scorent à peine une trentaine de points par matchs. La contribution de McDermott est donc énorme à tout juste 20 ans. Durant cette saison 1934-35 les Brooklyn Visitations vont chercher le titre ABL. Le tout en battant en playoffs les deux favoris qu’étaient les Philadelphia Sphas et New York Jewels. A partir de là, McDermott devient réellement la tête d’affiche de la ligue. La saison suivante il emmène les Visitations en finale en ayant été meilleur scoreur de la ligue (avec plus de 100 pts d’avance sur le deuxième), le tout en jouant également la Pennsylvania State Basketball League (qu’il remporte avec Tunkhannock en étant là encore largement meilleur scoreur).

Après seulement quatre matchs ABL en 1936-37, McDermott rejoint les Original Celtics. Une équipe itinérante inspirée de la grande équipe des années 1920. Ayant négocié une part des recettes plutôt qu’un contrat, il voyage à travers le pays pour affronter des équipes souvent composées des meilleurs joueurs locaux. Il joue avec les Celtics jusqu’en 1941 avec un retour en ABL d’une saison au milieu. Ses années aux Celtics participent grandement à ramener le public du basket universitaire au basket professionnel. Les spectateurs viennent pour lui, attirés par ses tirs du milieu de terrain. Et ils découvrent au passage la rudesse du jeu proposent les professionnels, bien plus défensif et violent. Alors qu’il a 22 ans il affronte une équipe all-star universitaire et inscrit 52 des 78 points de son équipe. Ces années passées entre ABL et Celtics n’ont pas seulement développé sa réputation mais également son jeu. Plus les saisons passent plus McDermott travaille son tir et sa régularité augmente. Il développe un step-back et l’évolution des ballons améliore encore davantage sa précision.

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Logo des Pistons

En 1941 il a 27 ans et arrive dans ses meilleures années, il est alors déjà perçu comme le meilleur joueur de son époque voire de l’histoire. Mais il commence à se lasser des salaires de misère et des salles vides de la ABL, ou de vivre sur la route avec les Celtics. La National Basketball League, créée par des groupes industriels comme Goodyear ou General Electric, lui fait les yeux doux depuis sa création en 1937. Cette ligue à échelle nationale cherche à s’affirmer en proposant des carrières dans les entreprises aux joueurs acceptant de rejoindre leurs équipes. Même si les franchises sont souvent situées dans de petites villes à cause de l’implantation des usines, elles offrent une sécurité financière et un emploi aux joueurs. Cela permet d’attirer et rassembler les meilleurs talents, et de convaincre les joueurs universitaires de persévérer dans le basket. Parmi les grands industriels de l’époque on retrouve Fred Zollner, propriétaire d’une usine de pistons à Fort Wayne dans l’Indiana. Zollner souhaite créer sa franchise depuis quelques temps et veut à tout prix signer McDermott comme tête d’affiche de ses Fort Wayne Zollner Pistons. La négociation fut rapide car McDermott cherchait ces avantages, il obtient donc un emploi à l’usine, une couverture médicale en plus d’être dispensé d’armée car travaillant dans une industrie essentielle en temps de guerre.

Déjà considéré comme un grand, McDermott va alors rentrer dans une autre dimension. Il joue cinq ans pour les Pistons entre 1941 et 1946, il endosse même la double casquette de joueur-coach sur les trois dernière saison. Sur cette période il cumule :

  • 2 titres NBL en 1944 et 1945
  • 3 titres World Professional Basketball Tournament entre 1944 et 1946
  • 5 All-NBL First Team
  • 4 trophées de MVP consécutifs entre 1943 et 1946
  • 2 trophées de Coach of the Year en 1944 et 1945
  • 1 titre de meilleur scoreur NBL en 1943 et une saison à 20 points par match en 1945 (Mel Riebe des Cleveland Allmen Transfer le dépassant de 4 points au total pour le titre de meilleur scoreur cette saison)

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Il devient rapidement le meilleur marqueur de l’histoire de la NBL et reçoit un titre honorifique de meilleur joueur de la première moitié du siècle en 1946. Le succès de McDermott en tant que joueur-coach est une anomalie. N’ayant pas été à l’université, étant souvent plus prompt à se battre qu’à discuter et ayant un penchant pour l’alcool, il est une relique du basket des années 1930. Mais, malgré ses défauts, les foules se pressent pour le voir jouer, ses tirs à l’échauffement deviennent un spectacle à eux-seuls. Entouré de deux autres stars, en les personnes de Ed Sadowski et du Hall of Famer Buddy Jeannette, il attire plus de 23000 spectateurs en novembre 1943 pour un match entre les Pistons et une équipe all-star universitaire, un record pour un match de basket.

Mais les années passent, en 1946 McDermott a 32 ans et sa défense commence à être défaillante. Zollner considère que son apport ne justifient plus ses frasques. Et suite à une bagarre autour d’une partie de Craps où il met K.O. son jeune coéquipier Milo Komenich, McDermott est envoyé dans l’équipe au pire bilan de la ligue : les Chicago American Gears. Il y a trois éléments qui font que cette équipe a le pire bilan : un manque de tir extérieur, un coaching défaillant et un rookie dominant refusant de jouer (pour des questions contractuelles) en la personne de George Mikan. McDermott va résoudre ces trois problèmes par son arrivée en endossant, là encore, le rôle de joueur-coach, convaincant Mikan de rejoindre l’équipe. Armés du meilleur pivot au monde et du meilleur shooteur extérieur, les Gears ne semblent pouvoir être battus que par eux-même et leur gestion d’ego. Mais McDermott se montre parfaitement à la hauteur en tant que coach et l’équipe partage le ballon comme jamais une équipe ne l’avait fait jusque là. Ils deviennent la première équipe de l’histoire avec quatre joueurs à plus de 10 points/matchs et se montrent innarêtables en playoffs malgré les prises à trois sur Mikan ou les suspensions de McDermott. McDermott reçoit au passage sa sixième nomination consécutive dans la All-NBL First Team.

Bobby McDermott (au centre, à droite du propriétaire), George Mikan (en haut au centre) et les Chicago American Gears

Malgré cette victoire en playoffs, des rapports tendus entre le commissionnaire de la NBL Piggy Lambert et le propriétaire des Gears Maurice White vont changer le destin de la franchise. White décide de quitter la NBL pour créer sa propre ligue, persuadé que Mikan et McDermott suffiront à remplir les salles. C’est un échec cinglant et la Professional Basketball League of America ne survit que trois semaines avant d’être dissoute, ses joueurs étant répartis entre les différentes équipes NBL. Mikan est signé par les tous jeunes Minneapolis Lakers alors que Bobby McDermott atterrit aux Sheboygan Red Skins chez qui il restera seize matchs avant d’être envoyé chez les Tri-Cities Blackhawks (ancêtres des Hawks actuels). Restant un scoreur prolifique il assure une All-NBL Second Team en cette saison 1947-48 mais rentre visiblement dans le crépuscule de sa carrière. Pendant la saison 1948-49 il reste joueur-coach des Hawks dans une NBL affaiblie par la perte des Lakers, Royals, Pistons et Kautskys ayant rejoint la BAA. Il est transféré en fin de saison aux Hammond-Calumet Buccaneers et est coupé avant le début de saison 1949-50 lors de la fusion entre NBL et BAA qui donne vie à la NBA.

Sa fin de carrière se fait dans les ligues mineures qui l’ont vu émerger. Il fait une pige en ABL avec les Wilkes-Barre Barons avec qui il parvient en playoffs comme chaque saison dans sa carrière. En 1950 McDermott a 36 ans et démarre sa 21e saison en tant que professionnel. Cette saison il la joue avec les Grand Rapids Hornets de la toute nouvelle National Professional Basketball League. Il y reste cinq matchs avant d’être coupé pour avoir eu un accident alors qu’il conduisait sept joueurs de l’équipe. C’est ainsi que se termine l’histoire de Bobby McDermott avec le basket. Relique vivante d’un autre temps il disparaît rapidement autant des parquets que des mémoires. Son après-carrière est assez floue mais après avoir vécu dans des excès d’alcool, de violence et de jeux d’argent, il s’éteint en 1963 dans un accident de voiture seul sur un parking à tout juste 49 ans.

Ce joueur qui a porté en grande partie son sport jusqu’à la scène nationale et qui était considéré pendant longtemps comme le meilleur joueur de l’histoire ne fait pourtant pas partie de la liste initiale du Hall of Fame en 1959. Il faudra même attendre jusqu’en 1988 pour voir son nom enfin ressortir, poussé par George Mikan qui sera sur l’estrade lors de son introduction. Une anomalie pour un acteur aussi majeur de l’histoire du basket, un esthète du tir qui aura donné à un sport alors horizontal une nouvelle dimension.

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