Breaking News

Washington Capitols : les débuts étincelants de Red Auerbach

Franchise History

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rtro

Si l’on associe, à juste titre, Red Auerbach aux Boston Celtics ce n’est pas chez ces derniers qu’il effectue  ses débuts de coach dans les basket professionnel. Bien avant de remporter des titres avec Bill Russell ou Bob Cousy, l’arrogant coach au cigare se fait remarquer chez les Washington Capitols en BAA.

Né en 1917 d’un père immigré de Minsk et d’une mère américaine, Arnold Auerbach grandit à Brooklyn. C’est dans ces rues qu’il découvre le basket et le pratique avec un certain brio. Se démarquant par ses cheveux roux et son tempérament explosif il est rapidement surnommé Red. Après un cursus de trois ans à la George Washington University entre 1937 et 1940, il se lance dans le coaching en 1941 dans des lycées de Washington D.C. Il continue à jouer en parallèle et participe en 1943 au seul match professionnel de sa carrière où il inscrit 1 point dans la défaite de Harrisburg 45-38 contre les Philadelphia Sphas en ABL. C’est en cette même année 1943 qu’il est appelé à la guerre dans la Navy, pendant son service il occupe le poste d’assistant coach de la Norfolk Naval Training Station où il dirige plusieurs futurs joueurs BAA/NBL/NBA. Il est également à la tête d’une équipe « all-star » de l’armée qui bat les Washington Bears, une équipe professionnelle composée de joueurs afro-américains des Globetrotters et Renaissances qui est alors considérée comme l’une des meilleures équipes au monde.

Fort de cette expérience, Auerbach retourne au coaching suite à sa démobilisation. En 1946 pendant une tournée d’une de ses équipes, il croise Mike Uline, propriétaire de la Uline Arena, qui vient de créer son équipe pour la fondation de la BAA (ancêtre de la NBA) : les Washington Capitols. Toujours sûr de lui, Auerbach va spontanément se proposer comme coach pour cette nouvelle franchise et, grâce à ses résultats dans la Navy, se voit confier le poste à seulement 29 ans. Il promet d’assembler le meilleur effectif de la ligue et s’occupe lui-même du recrutement avec deux lignes directrices : priorité aux joueurs de l’armée avec lesquels il a des contacts privilégiés et sélection des joueurs par postes en fonction de leur région d’origine. En clair, Auerbach considère que les endroits où les joueurs se sont formés ont développé des points forts différents et il se refuse à ne prendre que des joueurs locaux comme le font les autres franchises pour attirer les fans. Il cherche ses arrières dans les grandes villes car les playgrounds valorisent les bon manieurs de balle, cherche dans le Midwest pour les joueurs qui courent et pénètrent, et sur la côte ouest pour les spécialistes du tir à une main. Au début de la saison les principaux joueurs de l’équipe sont donc les suivants :

  • Fred Scolari : meneur scoreur prolifique et excellent défenseur malgré un physique assez rond qui ne donne pas l’impression d’avoir affaire à un athlète professionnel. Scolari a joué pour Red Auerbach dans la Navy.
  • Bob Feerick : probablement le meilleur joueur all-around de la BAA, Feerick évolue aux postes 2/3 et a également joué pour Auerbach à Norfolk.
  • Bones McKinney : ailier élancé mais musculeux, McKinney est un des favoris du public partout où il passe. Il peut attraper la balle à une main pour feinter ses adversaires et ses interactions constantes avec les fans en font souvent le clou du spectacle. Il a croisé Auerbach dans l’armée mais sans jouer pour lui.
  • Johnny Norlander : ailier capable au shoot, Norlander occupe également le rôle de préparateur en bandant les chevilles de ses partenaires.
  • John Mahnken : pivot célébré pour sa défense et champion NBL en titre avec les Rochester Royals (ancêtres des Kings), Mahnken est également un vétéran.
  • Irv Torgoff : intérieur de talent, Torgoff est le joueur pour lequel le terme de 6e homme a été inventé.

 

4647washingtoncapitols-1

En haut (de gauche à droite) : Fred Scolari (3e) et Johnny Norlander (5e). En bas : Irv Torgoff (1e), Bones McKinney (2e), Red Auerbach (3e), Bob Feerick (4e) et John Mahnken (6e)

Désireux de prouver ses talents de coachs, Auerbach doit rapidement asseoir son autorité sur des joueurs pas plus jeunes que lui, dont certains avec qui il a pu jouer. Pour mettre en place le style de jeu rapide qu’il désire, il fait une pré-saison comme les joueurs n’en ont jamais vu, avec des courses permanentes et de la défense tout-terrain à chaque entrainement. Malgré un début de saison mitigé avec trois défaites sur les cinq premiers matchs, l’équipe trouve rapidement son rythme et profite de son avantage de forme sur ses adversaires. La troisième défaite est suivie d’une série de 17 victoires consécutives (un record sur une saison qui tiendra jusqu’aux Knicks en 1969-70). Cette série voit l’équipe se placer largement en tête de la ligue et son style spectaculaire impressionne pendant que McKinney amuse la galerie notamment en tirant ses lancers dos au panier quand le match semble gagné. Au delà de la forme physique des joueurs, Auerbach considère que son style est la principale raison des résultats de son équipe. Inspiré de Bill Reinhart son coach universitaire, son jeu en transition repose sur des lignes verticales où se répartissent les joueurs dès le rebond pour organiser le chaos et profiter des adversaires qui défendent en reculant. Sur demi-terrain il prône la liberté des joueurs. Ses systèmes se réduisent souvent à des doubles écrans pour libérer McKinney qui gère le jeu en tête de raquette, les autres joueurs étant en mouvement constant avec beaucoup de coupes back-door. Il pousse également ses joueurs à sortir des carcans de leurs postes, permettant à ses arrières de jouer en position de pivot s’ils ont un avantage au poste sur leur adversaire ou à ses intérieurs de manier la balle.

La saison se poursuit avec plusieurs séries de victoires dont une série de 15 victoires en fin de saison pour un bilan final de 49-11 (les 81,7% de victoires tiendront comme record jusqu’aux 76ers de Wilt en 1967). Washington est de très loin la meilleure équipe de BAA (le 2e bilan est pour les Chicago Stags à 39-22), avec la meilleure défense, la 2e meilleure attaque et un bilan à domicile de 29-1. Mais tout n’est pas parfait pour la franchise de la capitale et pour Red Auerbach. Son attitude exubérante et vantarde irrite autant ses adversaires, les arbitres, que ses propres joueurs. Beaucoup considèrent que les vrais coachs de l’équipe sont Bones McKinney et Bob Feerick qui, avec leur expérience, s’occupent régulièrement des scooting reports, appellent les temps morts et indiquent les remplacements à effectuer. Cherchant en permanence à motiver des joueurs qui n’en ont pas forcément besoin, Auerbach finit souvent par les irriter en voulant les piquer au vif. Lors d’un entrainement où Auerbach dit à Scolari qu’il le battrait en un contre un, Scolari le prend au mot et le remet à sa place avec un 24-0. De plus, malgré les résultats, la reconnaissance publique ne suit pas, les Capitols évoluant dans l’ombre des Redskins et des Senators. L’état de la salle (parquet humide, paniers non réglementaires, rats dans les couloirs) et le contrat TV retransmettant gratuitement tous les matchs à domicile font que les tribunes sont souvent désertées. En revanche la reconnaissance pour les joueurs est bien au rendez-vous avec Bob Feerick (2e meilleur scoreur avec 16.8 pts/matchs et de loin le meilleur FG% de la ligue) et Bones McKinney dans la All-BAA 1st team et Fred Scolari dans la All-BAA 2nd team.

La formule des playoffs de 1947 fait s’affronter les vainqueurs de conférence dans une série en sept matchs pour une place en finales BAA. Ce sera donc les Chicago Stags pour des Capitols sûrs de leur force, menant la confrontation directe 5-1 en saison régulière. Mais le coach des Stags Ole Olsen est un des plus expérimentés de la ligue et sait préparer une série. Il décide de modifier son cinq majeur en faisant rentrer le pivot défensif Chuck Gilmur sur les ailes pour stopper Bones McKinney. De plus, durant la saison régulière Red Auerbach a le plus souvent utilisé une rotation à 6 ou 7 joueurs à faire pâlir Tom Thibodeau. Ajouté à des titulaires à bout de souffle après une saison entière à courir, et les Stags déroulent dans les 3 premiers matchs avec des victoires 81-65, 69-53 puis 67-55. Washington est sonné mais essaie de réagir dès le quatrième match. Auerbach élargit sa rotation et McKinney parvient enfin à se défaire de son défenseur. Les Capitols reviennent à 3-1 avec une victoire 76-69 puis à 3-2 avec une victoire 67-55 dans un game 5 tiré au couteau mais terminé par un run de 12-1 pour Washington. A un match de ramener la série à domicile pour un match décisif, et malgré une grosse prestation de Fred Scolari, autant en attaque qu’en défense, les Capitols sont défaits 66-61 mettant fin à leur saison historique.

La déception est grande autant pour Red Auerbach que pour ses hommes et on cherche bien évidemment des explications. La fatigue accumulée est retenue comme raison principale. Le manque de rotation et le rythme de jeu ayant poussé les joueurs jusqu’à leurs limites physiques. Les blessures de la saison sont réapparues en playoffs et certains joueurs semblent avoir perdu énormément de poids (plus de 15kg pour certains). Mais un autre élément apparaît pendant l’été, le dernier match aurait été truqué. L’ailier John Norlander raconte : « Nous menions de six points dans le dernier match avec seulement quelques minutes restantes, et nous sentions l’odeur de la victoire. Mais à partir de là, les Stags ont défilé sur la ligne des lancers. En fait, ils n’ont plus inscrit le moindre panier dans le jeu. A peu près toutes les fautes sifflées étaient clairement ridicules et toutes par le même arbitre : Nate Messenger. […] C’est en août qu’on a découvert que Messenger avait parié une somme conséquente sur la victoire de Chicago dans la série ». Toujours est-il que la saison s’arrête là pour les Capitols et pour leur coach qui a connu des débuts qui présagent déjà du futur. Son style de jeu est clairement défini, son fameux 6e homme est déjà là (Frank Ramsey incarnant ce statut aux Celtics), tout comme son attitude qui lui vaudra l’antagonisme de ses homologues comme des fans à travers la ligue.

Auerbach restera deux saisons supplémentaires à Washington. Lors de la saison 1948-49 il mènera les Capitols jusqu’en finales BAA perdues contre les Lakers. Lors de cette même saison ils établiront un record du meilleur départ de l’histoire avec 15 victoires consécutives, record qui tiendra 67 ans avant que les Warriors ne le battent en 2015-16. Après cette saison, Auerbach pense qu’une reconstruction d’équipe est nécessaire pour s’adapter à l’arrivée de nouvelles franchises lors de la création de la NBA. Mais le propriétaire optera pour la continuité en confiant le poste de coach à Bob Feerick. Les Capitols seront finalement dissous en janvier 1951, laissant pour héritage d’avoir été la première équipe NBA à faire jouer un joueur afro-américain en la personne d’Earl Lloyd en 1950. Pour Red Auerbach, après un bref passage en tant qu’assistant à Duke, il coachera les Tri-Cities Blackhawks (ancêtres des Atlanta Hawks) en 1949-50 avant de rejoindre les Celtics au début de la saison 1950-51 pour écrire sa légende.

red_auerbach_s878x531

Retrouvez plus de Basket Retro sur





Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.