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[Portrait] Franck Brickowski : back to the « Brick »

Portrait

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Retro

Le nom de Franck Brickowski est souvent associé à celui de Dennis Rodman. En effet, le face à face entre les deux joueurs au cours des finales NBA de 1996 est un classique. Mais résumer la carrière de « Brick » à cette partie de trash-talk serait un peu trop facile. Brickowski c’est aussi 768 matchs en 13 saisons dans la grande ligue. Suffisant pour s’attarder ensemble sur la carrière de Francis Anthony Brickowski.

New-Yorkais pur souche, Franck Brickowski voit le jour le 14 Août 1959 dans l’état de Bayville. Tiens, tiens, le même jour qu’un certain Magic Johnson. Ça c’est pour l’anecdote. La comparaison avec l’ancien meneur légendaire des Lakers s’arrête là. Franck lui ne trempera pas dans le showtime, mais plutôt dans le travail de l’ombre. Le rebond, les écrans, le sale boulot quoi. Troisième enfant d’une descendance qui compte cinq rejetons, il grandit à Oyster Bay au sein d’une famille de classe moyenne. C’est durant son adolescence qu’il prend goût au jeu physique des playgrounds de New-York. Toujours à la recherche de défi, il parcourt les terrains en quête d’adversaires à sa mesure :

« Je pouvais parcourir ma région pendant des heures à la recherche d’un grand gars contre qui jouer. J’allais en ville, il y avait des grands partout. J’allais là bas, de l’autre côté de Long Island, vers Roosevelt et Hempstead, où le « Dr. J » a grandi. Les communautés noires étaient ma destination. Au début, c’était vraiment effrayant. J’étais un gamin blanc de 14 ans qui entrait là où il ne devrait pas aller. »

Cette apprentissage à la dure, à la manière d’un Rocky s’entraînant en sweat capuche et mitaines dans les rues de Philly sera pour lui le point de départ de son style de jeu. Sa rudesse et son engagement lui permettent d’être repéré par Pennsylvania State qui lui offre une bourse d’études. Sous le maillot des Nitanny Lions de Penn State, il réalise uneBasketball: Milwaukee Bucks Frank Bricko carrière universitaire respectable. L’école est modeste cependant et ne permet pas de prétendre à une place de premier choix lors de la draft NBA. « Brick » boucle son cursus en 1981 en ayant joué une centaine de matchs en 4 saisons. Il quitte la fac avec des moyennes de 8,5 points et 5,3 rebonds. Il empoche au passage le titre de MVP de Penn State en 1980 grâce à ces 11,3 points et 7,5 rebonds de moyenne. Suffisant aux yeux du front office des Knicks qui le récupère au 3ème tour de la draft, en 57ème position. Franck n’aura que peu de temps pour se réjouir d’être drafté par l’équipe de sa ville. Alors qu’il pensait certainement évoluer à 2 minutes de la maison, avec tout ce que ça implique d’aspect pratique, les Knicks ne le trouvent pas encore taillé pour la NBA. Il est envoyé à 6 000 km de la grosse pomme. Direction l’Italie et le club de Varèse. Forcément, ça rallonge un peu le trajet. Brickowski revient sur cet épisode de la draft en Avril 2017 :

« Ils m’ont offert 10 000 $ pour venir au camp d’entraînement. On m’a ensuite offert deux ans garantis pour aller à l’étranger. Cela a rendu la décision facile. Et je n’étais pas prêt pour la NBA. Peut-être que je ne le savais pas à l’époque, mais en regardant en arrière, cela a visiblement bien fonctionné. »

Franck Brickowski glisse un guide du routard dans la pochette arrière de son sac Splading et il commence ses pérégrinations. Varèse, Reims, Tel-Aviv. Autant de clubs et d’expériences différentes pour le New-Yorkais qui à défaut de se forger un palmarès (un simple titre national avec le Maccabi Tel-Aviv) renforce un mental déjà bien dévellopé. Il en faut pour un joueur qui se fait même couper par sa franchise NBA au cours de l’été 1983. En homme de caractère qu’il est, Brickowski ne lâche rien. Il rebondi en Septembre 1984 en signant chez les Seattle Supersonics en tant que free-agent. La donne est malheureusement faussée puisqu’il se déchire les ligaments de la main droite avant sa deuxième saison. Une situation qui l’oblige alors à renforcer sa main gauche :

« Cela faisait un an que j’étais là, et je ne pouvais plus utiliser que ma main gauche. Quand je suis revenu sur le terrain, j’étais ambidextre, et cela m’a permis de réussir davantage. »

De ce fait, après deux saisons anecdotiques chez les Sonics, il rejoint les Lakers en Octobre 1987, pour une pige tout aussi anecdotique. 37 matchs au minimum vétéran (alors qu’il n’a que 27 ans) aux côtés de Magic Johnson (encore lui tiens). Brickowski est bricko3envoyé le 13 Février 1987 aux Spurs de San Antonio. Manque de bol, il ne participera pas à la conquête du titre des joueurs de Los Angeles. Mais sous le jersey de la franchise texane, « Brick » va trouver du temps de jeu (il jouera plus de 30 minutes en moyenne lors de sa première saison chez les Spurs, contre une dizaine de minutes chez les Lakers). Il s’épanouit enfin, et montre qu’il peut exister en NBA. La saison 1987/1988 lui permet de confirmer. Il boucle l’exercice avec des moyennes de 16 points et 7 rebonds. Il prend même feu dans le derby texan. En Avril 1988, touché par la grâce, Brickowski s’offre une ligne de stats façon All-Star. Il balance 34 points, distribue 6 passes décisives et gobe 15 rebonds au nez et aux lunettes d’un certain Olajuwon. Dans la foulée « Brick » découvre les playoffs. San Antonio est balayé au premier tour par les Lakers, mais Franck confirme sa bonne saison régulière en compilant des moyennes de 19,3 points, 7,3 rebonds, 4,7 assists et 2 interceptions sur la (courte) série. Propre et net. L’idylle avec les Spurs durera 3 saisons. Mais Franck approche de la trentaine, et à San Antonio, il est de temps de lancer le projet David Robinson. Le 1er Août 1990 il est échangé et part à Milwaukee.

Chez les Bucks il starte 73 matchs au poste 4 pour sa première saison dans le Wisconsin. Les playoffs sont au bout de la régulière. « Brick » fait encore le taf, passant de 12,6 points de moyenne en régulière à 18,3 en playoffs. Il ajoute 8,7 rebonds mais Milwaukee passe à la trappe face aux Sixers. C’est cette même saison qu’il commence déjà à s’ambiancer avec les Bulls. Au cours d’un anodin match de régulière, il croise de prêt la route de Jordan. Ce dernier attaque ligne de fond, « Brick » monte au contre, le contact en l’air entre les deux hommes est viril. Jordan « pump » en arrière pendant que Brickowski lui balance une belle tartine dans la face. Le ballon rentre, Jordan s’effondre, coup de sifflet des arbites. Pas de « and-one » mais faute offensive de MJ. Panier refusé. Quelques secondes plus tard, Franck part au lay-up, le panier ouvert. « His airness » le chasse. Il déboule par derrière et lui fracasse le front. Vengeance. Voilà que « Brick » adoubé est par sa majesté en personne. La marque des grands ! Pour sa seconde saison chez les Bucks, Brickowksi va être utiliser sur les postes 3, 4 et 5. Il joue un peu moins, mais sesFrank Brickowski statistiques restent dans la lignée de la saison précédente. Il retrouve le poste de pivot au cours de l’exercice 92/93. La blessure du vieillissant (mais éternel) Moses Malone lui permet de démarrer les rencontres dans la peinture. Son temps de jeu est revu à la hausse, et il passe en moyenne plus d’une demi-heure sur les parquets. 31,4 minutes en moyenne, record en carrière. Et tout ça à 33 piges s’il vous plait. Il en profite pour facturer sa meilleure saison offensivement. Il termine avec 16,9 points inscrits par match. Certes, dans un effectif en perdition collectivement, mais la perf’ est belle. Son passage par Milwaukee est marqué également par son contrôle positif au cannabis. Brickowski plaide coupable et paiera une amende de 2 000$ . Aujourd’hui Franck avoue avoir été un consommateur régulier tout au long de sa carrière afin de l’aider à dormir et pour réguler son appétit.

A la recherche de sang frais et de tours de draft, les Bucks se séparent de Franck Brickowski en Février 1994. Il se retrouve aux Hornets pour une petite trentaine de matchs où il gratte quelques minutes qui ne resteront pas dans l’histoire. Il signe chez les Kings de Sacramento en tant que free-agent en Août 1994, mais une blessure à l’épaule contracté en pré-saison l’empêche de prendre part à l’exercice 94/95. Alors qu’on commence à se dire que ça sent la fin pour Brickowski, c’est une nouvelle fois à Seattle qu’il va se remettre en selle.

En rejoignant les Supersonics, « Brick » atterrit dans une franchise qui a le vent en poupe. Une équipe qui cherche un titre. Avec son tout nouveau logo et son duo Payton-Kemp, Seattle est une place forte du basket NBA des nineties. Franck débarque avec son expérience, son caractère et sa polyvalence. A 36 ans il est le plus âgé de l’effectif. Un effectif qui va terminer la régulière avec 64 victoires et 18 défaites (record de franchise) et se hisser jusqu’en finales NBA. Les retrouvailles avec les Bulls et Jordan s’annoncent torrides. C’est Franck Brickowski qui plante le décor :

« On sortait de l’hôtel, on montait dans le bus, et ensuite, à chaque feu il y avaient des mecs qui sortaient de leurs bagnoles avec des balais dans les mains en se marrant. Il gueulaient SWEEP. Chicago est vraiment une ville charmante »

L’affrontement démarre sur les chapeaux de roues. Lors du game 1, Georges Karl le coach de Seattle envoie Brickowski sur le parquet pour déstabiliser Rodman. L’objectif est clair, il doit faire sortir de son match le joueur de Chicago. En même pas 2 minutes, « Brick » et « The Worm » se balancent quelques coups. Echange de nom d’oiseau. Technique et expulsion pour Franck. Il en profite pour invectiver le banc des Bulls et s’en prendre à Jack Haley qu’il qualifie de « Baby-sitter » (NB : Haley avait été recruté uniquement pour les relations qu’ils entretenaient avec Rodman et pour remettre ce dernier sur de bons rails lors de ces différents pétages de plombs). La série est lancée ! « Brick » revient sur son travail au cours de cette série :

 « Mon travail consiste à jouer en défense et à tenir Dennis hors du jeu. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour aider mon équipe à gagner. Si cela signifie renverser Dennis Rodman sur le dos, c’est ce que je vais faire. Et c’est ce que Dennis va me faire. »

A la surprise générale, alors que les Bulls mènent 3-0, Franck Brickowski est parachuté dans le cinq de départ. Sa titularisation, et sa présence accrue sur le parquet coïncide avec la première victoire des Sonics. Réel impact, effet psychologique ou baisse de régime des Bulls ? La vérité se situe surement à mi-chemin de ces différents facteurs. En tout cas il termine la série en tant que starter et il joue son petit quart d’heure à chaque rencontre. Cet « affrontement » avec Rodman reste à ce jour l’acte le plus médiatisée de la carrière de Franck Brickowski. Il a eu le rôle ingrat dans ce duel, mais il a sut s’y tenir, et l’interpréter avec brio, face à un adversaire plus fort que lui. Il aura tout tenté pour rentrer dans la tête de l’ailier fort des Bulls. Comme lorsqu’au match 3 il évoque avec Rodman la sortie de son livre où le joueur de Chicago s’affiche en robe de mariée sur la couverture :

« L’arbitre s’apprêtait à lui remettre le ballon, et j’ai évoqué son livre et remis en question sa sexualité. Quand j’ai dit ça, Michael (Jordan) et Scottie (Pippen) étaient en train de rire. L’arbitre s’est également mis à rire. Au lancer suivant, quand Rodman se tenait à côté de moi, j’ai dit: ‘Dennis, j’étais juste curieux. Désolé si Je t’ai offensé. » 

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Malgré tout les efforts de Brickowski et des Supersonics, la série se conclue lors du Game 6. Chicago l’emporte 4-2. Au delà de la défaite de Seattle, qui aurait misé sur un Franck Brickowski titulaire au poste de pivot dans une finale NBA face à ce qui reste peut-être la meilleure équipe de tout les temps ? Pas grand monde il faut l’admettre.

Après les finales et la médiatisation de sa rivalité retransmise en mondiovision, « Brick » ne veut pas encore raccrocher les sneakers. Chez les Supersonics l’impact de Franck Brickoswki ne se comptabilisera pas en chiffres. Il n’était clairement pas venu pour ça. Son retentissement au sein de la franchise et de la ligue aura été bien réel au terme de cette saison. Il est tout de même coupé par Seattle en Juillet 1996 et s’engage avec Boston en Août de la même année. Avec les Celtics c’est un deal d’une saison qu’il signe. Mais ça tourne rapidement au fiasco et il ne prend part qu’à 17 matchs. Clap de fin. Il refuse un contrat de 2 ans avec les Spurs et met un terme à sa carrière.

A la fin des années 90 il participe avec d’anciennes gloires NBA à une tournée de promotion en Chine. Il prend part également à l’émission Talkin’ Ball. Un show qui parle avant tout des Blazers et du sport dans l’Oregon sur NBC Sports Northwest. Et ce n’est pas un hasard puisque « Brick » vit désormais à Lake Oswego une petite ville qui se trouve à quelques kilomètres de Portland. Franck est aussi et surtout directeur régional de la NBA Players Association depuis 2005. C’est ainsi qu’il rencontre et oriente les joueurs de Phoenix, Utah, Golden State, Dallas, Minnesota et donc Portland.  Fort de son expérience, il distille ses conseils avisés aux joueurs de la nouvelle génération sur différents problèmes, comme leurs rapports à l’argent, leur alimentation ou encore la drogue, un problème qu’il a lui même rencontré. Un rôle de mentor qu’il apprécie et qu’il espère tenir le plus longtemps possible.

« Lorsque les joueurs ont de l’argent et de la gloire, nous nous retrouvons au sommet de la hiérarchie de notre famille. Nous devons prendre des décisions à partir de là. C’est une vie difficile. Mais j’ai eu de la chance. Aujourd’hui je peux aider les gars à traverser les épreuves que j’ai vécues en tant que joueur. J’espère avoir un impact positif. »

Même à la retraite, Franck Brickowski continue de se comporter comme sur les playgrounds de son adolescence. La tête haute, il affronte l’adversité sans se débiner. Sa façon à lui d’apporter courage et sagesse à la jeunesse. C’est simplement une autre « brique » dans le mur pour certains. Pour d’autres, c’est cet engagement qui maintien tout l’édifice. Alors non, Franck ne finira pas au Hall of fame. Non il n’aura pas son maillot retiré au plafond d’un gymnase. Mais pour son investissement et son implication au quotidien, c’est un grand oui. Merci Monsieur Brickowski !

STATS EN CARRIERE

Saison régulière NBA : 

  • 731 matchs joués
  • 10 points par match
  • 4,7 rebonds par match
  • 1,9 passes décisives par match

Playoffs NBA :

  • 37 matchs joués
  • 6,3 points par match
  • 3,3 rebonds par match
  • 1,1 passes décisives par match

Les propos de Franck Brickowski sont issus d’une interview au Portland Tribune.

crédits photos : sportsecyclopedia.com/seattletimes.com/gettyimages.com

 

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About Waka Bayashi (91 Articles)
Enfant des eighties, c'est au début des années 90 que je découvre la NBA. En 1993 j'obtiens mon brevet des collèges grâce à l'épreuve de Géographie au cours de laquelle je localise les plus grandes villes sur la carte des Etats-Unis, en ajoutant entre parenthèses le nom des franchises de la ligue, en espérant secrètement quelques points bonus. Fan des joueurs avec un taux de trash-talking élevé (coucou Reggie Miller), j'ai intégré l'équipe de Basket Rétro afin que mes parents soient fiers de moi.

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