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[Portrait] Renato William Jones, L’étrange Monsieur Basket

Portrait

De Naismith à Michael Jordan, il existe une poignée de personnalités dont l’impact pour le monde de la balle orange est absolument phénoménal. Oublié et rangé dans les manuels d’histoire, Renato William Jones, né le 5 octobre 1906, est pourtant resté pendant plus de 40 ans au sommet de la hiérarchie du basket international.

« Je voudrais, au moment de ma mort, que l’on brûle mon corps, que mes cendres soient mises dans de petites boîtes que l’on enterrerait sous quelques planchers de salle de basket » – Renato William Jones.

Voilà ce que demandait Renato William Jones lorsqu’il s’imagine passer à la postérité. Lorsqu’il est décédé le 22 avril 1981, on ne peut pas dire qu’il ne l’avait pas mérité tant son travail au sein de la FIBA fut considérable. Depuis sa création en 1932 à 1976, il en a été le secrétaire général. Volontiers comparé à un dictateur de son vivant, le temps efface inévitablement les querelles et force est de constater qu’il a légué au basket-ball l’une des fédérations sportives internationales les plus puissantes.

EDUCATION PHYSIQUE ET BASKET-BALL, SON COCKTAIL GAGNANT

En 1906, le basket-ball est encore un sport naissant, son succès rapide n’étant réel qu’aux Etats-Unis. Le 5 octobre de cette année là est né l’un des personnages qui a le plus compté pour son développement, Renato William Jones. Possédant lui-même plusieurs nationalités, « RWJ » était tout indiqué pour être le grand ponte du basket international. Britannique par son père, français par sa mère et italien par son lieu de naissance, il parlait également allemand, espagnol, portugais et turc. Volontiers encensé par nombre de personnalités qui l’ont rencontré, il n’a pas non plus échappé aux critiques par son omnipotence en matière de basket international.

Renato William Jones a découvert le basket-ball en 1922 dans un institut de la Y.M.C.A (Young Men’s Christian Association) de Turin, un patronage protestant qui diffuse déjà le basket en Europe depuis son arrivée en 1893 à Paris. Le sport de Naismith était inclus aux programmes sportifs dont le but était de répondre à l’adage « un esprit sain dans un corps sain ». Le basket était d’ailleurs initialement un loisir proposé en fin de séances, pas vraiment conçu par les joueurs et entraîneurs comme un sport et encore moins une compétition.

Comme lui, des centaines de milliers d’européens découvrent ce sport américain dans l’entre-deux guerres. Le nombre et le profil des joueurs évolue, les compétitions se développent ainsi de plus en plus, avec des premiers championnats de France au début des années 1920. Renato William Jones n’a jamais joué à haut niveau, mais s’est intéressé aux métiers de l’éducation physique. Il est donc parti étudier au College de Springfield, lieu de naissance du basket-ball aussi connu pour son excellent cursus en la matière. Son objectif de devenir professeur d’éducation physique a été accompli, « RWJ » recevant son diplôme des mains de Pierre de Coubertin lui-même.

Il est très vite passé du terrain au banc de touche, avant de s’éclipser progressivement pour un rôle de coulisses, de plus en plus institutionnel. Sa première mission d’importance eut lieu en Turquie en 1929, où il fut chargé d’établir le programme d’éducation physique dans les missions américaines d’Asie mineure. De retour à Genève en 1930, il participe à la fondation de la ligue suisse de basket-ball. Il rencontre cette année là Aldo Nardi, président de la fédération italienne, en marge d’un match Italie-Suisse. Les deux hommes conclurent de leur discussion qu’il fallait pour leur sport une autonomie sur le plan international. À compter de 1931 et jusque l’entrée en guerre des italien, il exercera aussi le rôle de directeur du département d’éducation physique de la Y.M.C.A de Rome. Ses multiples voyages à travers l’Europe lui ont permis de se constituer un solide réseau, relevant les diverses demandes d’autonomie des fédérations nationales et le besoin d’une institution internationale solide.

Le handball était lui aussi en pleine demande d’émancipation de la Fédération Internationale d’Athlétisme. La première Fédération Internationale de Handball a donc été créée en 1928, et sortant de la FIA avec un mandat de 6 ans sur le basket-ball. Ce nouveau report de la prise d’autonomie des basketteurs était à la fois un échec et un temps pour travailler sereinement avant une nouvelle ouverture. Les rencontres internationales, autour d’un match ou non, se sont multipliées durant ce laps de temps, à l’image du Italie-Suisse de 1930. La FIBA fut officiellement créée en 1932, sans avoir alors de pouvoir réel. Mais l’institution était lancée, il s’agissait alors de rallier les nations du basket. Renato William Jones, âgé de seulement 25 ans, en fut nommé secrétaire général.

En sa qualité de professeur d’éducation physique, « RWJ » a été chargé d’organiser les loisirs des soldats français en 1939. La défaite en 1940 ne remet pas en cause la qualité de son travail, puisqu’il sera attaché au commandement militaire britannique en août 1944 pour une mission similaire. Après la guerre, il multipliera ses fonctions dans diverses institutions, devenant le secrétaire du comité des Y.M.C.A d’Europe en 1947, puis le directeur de l’institut de la jeunesse de l’UNESCO en 1956.

LE DÉVELOPPEMENT INTERNATIONAL OU LE PREMIER BASKET « CHAMPAGNE »

« Ce fut en 1934, après une série de bons dîners à Lausanne, à Lyon, dans un restaurant « Au filet de Sole » où il y avait un pâté de hure, merveille de l’art culinaire et naturellement du champagne, que nous avons bâti vraiment la fédération internationale ».

La période sous tutelle a été largement profitable pour permettre aux « grands » du basket de se connaître, de partager et de réfléchir à un modèle de basket international. Les dîners mondains furent donc un travail visiblement agréable mais non moins productif.

À l’occasion des Jeux universitaires de Turin en 1933, le vice-président de la fédération française de basket-ball, encore sous tutelle de la FFA a participé à l’un de ces dîners. M. Bouge déclara à l’issue qu’ « après un tel dîner, je ne conçois pas que le basket français reste en dehors de la Fédération Internationale ». Ce qui adviendra en 1934, sitôt la séparation entre FFBB et FFA actée. Le caractère inspirant de Renato William Jones est confirmé après la guerre par Robert Busnel, joueur français de haut niveau devenu président de la fédération nationale, qui le considérait simplement comme « l’homme le plus extraordinaire [qu’il ait] rencontré ». Il est« l’homme qui a su créer un Empire sur lequel le soleil ne se couche jamais ». Après avoir joué un rôle majeur dans la création de la FIBA en 1932 et dans l’inscription au programme officiel des JO 1936, son emprise sur le basket-ball était difficilement quantifiable mais imposante. Au fil de son mandat pluridécennal, ses détracteurs pouvaient aisément le comparer à un dictateur.

Jones, ici entouré de Manfred Stroher (gauche) et Alistair Ramsay (droite) constituant le comité technique des JO 1972.

Jones, ici entouré de Manfred Stroher (gauche) et Alistair Ramsay (droite) constituant le comité technique des JO 1972.

C’est en 1976 qu’il a finalement quitté sa fonction de secrétaire général de la FIBA au profit du yougoslave Stankovic. Il est parti après une dernière polémique, provoquée en finale des Jeux Olympiques 1972. En fin de rencontre, la table de marque a indiqué qu’il restait 0.5 secondes à jouer au lieu de 3. Derrières au score tout le match, les Etats-Unis ont alors battu l’URSS sur le score de 50 à 49 et commencé à fêter leur nouvelle médaille d’or. C’est Renato William Jones qui demanda à l’équipe coachée par Henry Iba de revenir sur le terrain jouer les trois secondes supprimées par erreur, sous peine de se voir retirer sa médaille d’or. Le coach américain, sachant qu’il perdrait toute demande en appel, accepta. Sergei Belov reçut la balle seul sous le panier, scellant le score à 51-50 en faveur des soviétiques. La polémique fut évidemment vive, les américains acceptant très mal ce qui est de fait leur première défaite aux J.O. Ils n’ont pas accepté de recevoir leur médaille d’argent, refusant à Renato William Jones l’autorité d’intervenir sur le cours du match.

A posteriori, on retient bien sûr plus de bien que de mal de l’oeuvre de « RWJ ». Il a passé sa vie à travailler pour le basket-ball, effectuant un travail de promotion efficace en Europe et en Asie, et un travail d’association fondamental au sein de la FIBA. Personnalité passionnante à en croire ceux qui l’ont côtoyé, il a bien évidemment été nommé au Naismith Memorial hall of Fame de Springfield en 1964.

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About Antoine Abolivier (81 Articles)
Tombé dans le basket en découvrant Tony Parker et Boris Diaw. Passionné par tout ce qui touche à son histoire que ce soit le jeu, la culture ou les institutions. Présent sur twitter, @AAbolivier

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