Breaking News

Reggie Harding : Gangster avant tout

Portrait

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

A une période où l’on est habitué à voir une multitude d’assistants coachs sur les bancs NBA, on oublie parfois que des destins ont pu se jouer sur un manque d’encadrement. C’est certainement le cas du premier Bad Boy des Pistons qui aura préféré les armes à feu, la drogue et la fête au basket.

Quand on pense aux joueurs rejoignant la NBA dès la sortie du lycée les noms de Kevin Garnett ou encore de Darryl Dawkins reviennent souvent comme pionniers. Pourtant d’autres joueurs dès la période BAA avaient fait ce parcours (Connie Simmons, Tony Kappen ou Joe Graboski), mais ces joueurs n’étaient pas passés par la draft. Le premier dans ce cas est Reginald Hezeriah Harding, pivot de 2m13 drafté en 1962 par les Detroit Pistons au 4e tour. Né le 4 mai 1942 à Detroit et élevé dans une famille d’accueil, Reggie grandit en arpentant ces rues qu’il ne quittera jamais réellement. Peu scolaire il démontre néanmoins des prédispositions certaines pour le basket avec un potentiel défensif important, au point de taper dans l’œil des Pistons dès le lycée. Ne pouvant rejoindre la NBA dès la saison 1962-63 en raison des règlements sur les lycéens il joue dans la Midwest League entre Toledo (Ohio) et Holland (Michigan).

slmp-150700-os02

Harding contrant Wilt Chamberlain

En NBA il passe 4 saisons avec les Pistons avant d’être envoyé aux Bulls en 1967 pour lesquels il disputera 14 matchs. Sa carrière se terminant un an plus tard lors d’une série de playoffs ABA disputée avec les Indiana Pacers contre les Pittsburgh Pipers de Connie Hawkins. En 230 matchs il aura tourné avec une moyenne honnête de 9,5 points et 9,6 rebonds par matchs et aurait été l’auteur du premier triple double de l’histoire des Pacers le 14 Mars 1968 avec 30 points, 22 rebonds et 10 contres (ces derniers n’étant pas officiellement comptabilisés, ce titre ne lui est pas attribué). Mais ces chiffres ne décrivent que le terrain, et c’est bien en dehors du terrain que s’écrit l’histoire de Reggie Harding et ce dès le lycée. Dans une biographie posthume, la chanteuse du groupe The Supremes Florence Ballard l’accuse de l’avoir violée armé d’un couteau en sortant d’une soirée dansante alors qu’ils étaient adolescents.

Quand Harding arrive aux Pistons, Ray Scott est un des leaders de l’équipe avec Bailey Howell et Don Ohl. Scott le prend sous son aile et ils partagent leur chambre lors des road trips, comme beaucoup il décrit Reggie comme un gamin souriant, déconneur et qui arrive toujours à vous convaincre de lui laisser une autre chance lorsqu’il fait une erreur. « Reggie aurait pu être tellement plus. Il n’a pas pu couper les ponts avec son environnement. C’est une tragédie presque Shakespearienne. Il aurait pu s’en sortir mais il ne le voulait pas. » déclare-t-il. Car s’il se montre avenant avec ses coéquipiers à ses débuts, dès que l’entrainement s’achève il part rejoindre ses anciennes fréquentations et va de boites en boites, devenant de plus en plus dépendant à la drogue et accentuant chaque jour sa relation intime avec les armes à feu. Une relation qui vient rapidement entacher sa réputation dans la ligue, très vite tout le monde sait qu’il ne se promène jamais sans une arme dans son sac et certaines histoires sordides commencent à faire surface. Lors de la saison 1964-65 il aurait tiré près des pieds de son coéquipier Terry Dischinger pour le faire danser, ce dernier (alors dans sa troisième année, Rookie of the Year et trois fois All-Star) décidant à la fin de saison de rejoindre l’armée pour deux ans et ne retrouvera jamais son niveau.

200px-reggie_harding_1967

Saison 1967-68

Reggie Harding est suspendu pour l’ensemble de la saison 1965-66, une sanction qui ne le ramène pas sur le droit chemin. Même si son image est bien établie dans la ligue, les Bulls, qui sont au fond du gouffre sportivement, tentent le pari et cela se retourne rapidement contre eux. Flynn Robinson, le meneur titulaire et le partenaire de chambre de Harding se rappelle s’être réveillé une nuit pour trouver Reggie se tenant dans l’obscurité et le regardant arme au poing. Son apport sportif se réduisant de plus en plus, lorsque Harding s’absente pour l’enterrement de sa mère et demande du temps supplémentaire pour gérer le patrimoine légué, les Bulls en profitent pour le couper. Les Pacers alors en ABA voient en Reggie un pivot pouvant dominer dans la jeune ligue et sautent rapidement sur l’occasion. Harding, pour sa part, ne croit plus qu’en l’argent et cherche à négocier un salaire de 15.000$. Le GM Mike Storen lui accorde à condition de le payer au match pour que son salaire n’atteigne ce plafond qu’en cas de titre, au final entre ses absences répétées et ses amendes Reggie Harding quittera les Pacers avec une ardoise de 400$. C’est sur cette dernière aventure que le pivot arrête le basket professionnel, non sans coups d’éclat, comme de menacer de tuer son GM lors d’une interview télévisée, ou de réveiller un coéquipier en le braquant à bout portant pour l’accuser d’être raciste.

A 26 ans, sans éducation, sans autre talent apparent que le basket, Reggie Harding retourne à la case départ : dans les rues de Detroit. Usé par la drogue il tombe dans la délinquance, braquant à trois reprises l’épicier de son quartier avec un collant sur la tête en croyant ne pas être reconnu. Après des années difficiles comprenant des allers-retours en prison, il commence à reprendre sa vie en main, il arrête l’héroïne, se remet au sport et renoue avec sa mère biologique. Mais le destin peut se montrer cruel : en août 1972 sa mère est assassinée par son mari et Harding se retrouve désemparé, demandant au prêtre de l’enterrer aussi. Deux semaines plus tard le 2 septembre 1972, alors qu’il discute à un coin de rue avec un groupe de filles, un ami Carl Scott s’arrête en voiture et le menace d’une arme à feu. Amusé, Reggie croit à une blague et lui dit « Si tu me tires dessus, vise la tête, je n’ai pas envie de souffrir« . Sur cette ultime ironie, Reggie Harding tombe, il n’avait encore que 30 ans. Son ancien GM qu’il avait menacé de mort fait partie des rares membres de la famille du basket à se rendre à son enterrement à la Greater Mount Carmel Baptist Church. Et comme si, même dans la mort, il ne pouvait être en paix, lors de la descente du cercueil on s’aperçoit que le trou creusé n’est pas assez grand, obligeant à le faire reposer en biais.

ReggieHarding

Le basket permet à de nombreux joueurs de s’extraire d’environnements difficiles, mais pour Reggie Harding cet environnement l’aura suivi jusqu’à la fin. Comme écrit dans cet article de Slam en 2015 : « il aura passé sa vie comme basketteur à temps partiel et gangster à temps plein. »

Retrouvez plus de Basket Retro sur





Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.