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Mon royaume pour un triple-double – À la poursuite de la statistique manquante

Dossier

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Un triple-double consiste à cumuler au cours d’un même match 10 unités dans trois catégories statistiques différentes (points, rebonds, passes décisives, contres, interceptions). Parvenir à en réaliser un est souvent pour les joueurs un accomplissement personnel de premier plan. Mais la volonté farouche de réussir l’exploit mène parfois à des situations cocasses !

A tout seigneur tout honneur. Lorsque l’on parle de triple-double la référence se nomme Oscar Robertson. Détenteur du record en carrière (181), il termine même la saison 1961-62 avec un triple-double de moyenne (41 en 79 matchs disputés). Il faudra attendre 55 ans et Russell Westbrook pour voir une telle performance se répéter (et même être dépassée puisqu’il en réalisa 42 en 81 rencontres, nouveau record sur une saison).

Si chacun accorde la valeur qu’il veut à la performance statistique que représente un triple-double, pour certains joueurs cela vaut la peine d’emprunter des chemins parfois sinueux pour en réaliser un…

ANTHONY BOWIE, RENTABILISER LE TEMPS DE JEU

Source : basketbawful.blogspot.fr

Orlando, 9 mars 1996. Le Magic, force vive de la conférence Est, reçoit Detroit. Habituellement joueur du banc (4 titularisations durant la saison ; 87 en 461 matchs NBA), Anthony Bowie est propulsé dans le cinq en raison de la blessure de Nick Anderson. Avec un temps de jeu conséquent (41min) il livre un match solide. Il en est à 20 points, 9 rebonds et 9 passes décisives alors que son équipe est à +20 avec une poignée de secondes à jouer. Récupérant un dixième rebond suite à un lancer-franc raté par Detroit il appelle immédiatement un temps mort. Désabusé son coach Brian Hill lui remet sa plaquette et tourne les talons. En face Doug Collins est furieux. Il ordonne à ses joueurs de ne pas défendre et de rester sur le côté lors de la remise en jeu (ce qui lui vaudra 5000$ d’amende). Un joueur d’Orlando lance la balle vers la raquette adverse où se trouve Bowie qui sert un coéquipier pour un dunk, validant sa dixième passe décisive et son triple-double. Il se précipite alors vers Collins pour lui expliquer son geste mais l’ire de ce dernier est telle qu’il le repousse et rentre au vestiaire. Brian Hill s’excusera pour son joueur. Bowie lui n’aura pas de remords.

« Je ne regrette rien. Je n’allais peut-être plus jamais débuter un match, l’opportunité était là, je l’ai saisie. Je n’ai pas tenté d’embarrasser quiconque. J’ai mon triple-double, peu importe la manière. S’ils voulaient m’en empêcher, ils pouvaient. » (Sources : newsok.com / espn.com)

Il bénéficie du soutien de l’effectif, notamment Shaquille O’Neal, qui souligne la ténacité de son équipier, passé par des ligues secondaires et qui a peu d’occasions de briller. Ce même Shaq qui avait critiqué la tactique des Spurs qui, en faisant faute en fin de match pour récupérer des possessions et alimenter David Robinson, avaient permis à ce dernier de remporter à ses dépends le titre de meilleur scoreur en 1994 lors du dernier match de la saison face aux Clippers…

RICKY DAVIS, LE CAVALIER SANS TÊTE

Source : waitingfornextyear.com

Sans doute le cas le plus connu. Drafté en 21ème position par les Charlotte Hornets en 1998, Ricky Davis est l’un des joueurs les plus spectaculaires et fantasques de la fin des années 1990-début des années 2000. Auteur de dunks tonitruants il va faire parler de lui pour une toute autre raison en mars 2003. Cleveland reçoit Utah dans une rencontre à sens unique. 120-95 en faveur des locaux, 6 secondes à jouer. Remise en jeu des Cavaliers dans leur moitié de terrain. La balle est lobée vers l’arrière en direction de Davis qui l’attrape et lance un double-pas contre l’arceau de son propre panier, récupérant ainsi le rebond. Un moment de flottement traverse l’atmosphère avant que Deshawn Stevenson n’envoie valser le trublion Davis qui vient de compléter sa feuille de stats (28 pts, 12 passes décisives et donc 10 rebonds). Jerry Sloan ne semble lui même pas comprendre ce qui vient de se passer. A la fin du match il demande aux arbitres pourquoi ils n’ont pas sifflé une faute technique à Davis. Aux journalistes il déclare qu’il aurait fait une grosse faute face à pareille situation. Finalement la NBA n’accordera pas le rebond. Une règle interdit à un joueur d’essayer de marquer pour l’adversaire. Un shoot envoyé vers son propre panier n’en est pas un et ne peut donc pas générer de rebond. Des années plus tard Davis admettra que ce triple-double est le seul regret de sa carrière. Il met cela sur le compte de sa jeunesse et de la physionomie de la saison des Cavaliers, une course à la médiocrité achevée avec seulement 17 victoires, à l’issue de laquelle ils drafteront LeBron James avec le 1er choix. La légende attribue d’ailleurs à Davis cette phrase, non vérifiée : « Je pensais qu’on avait pris LeBron James pour qu’il m’aide à marquer » !

BOB SURA, LA CHASSE À LA SÉRIE

Source : The Augusta Chronicle

Arrière des Hawks d’Atlanta, Bob Sura sort de deux triple-double d’affilée réalisés face à Chicago et Boston. En recevant les Nets ce 12 avril 2004 il peut rejoindre Gant Hill, dernier joueur à avoir réalisé la passe de trois, en 1997. Les Hawks dominent le match (129-107 à l’arrivée) et alors que Sura, encouragé par son équipe, a encore besoin d’un rebond, il jette la balle contre l’anneau adverse puis la récupère juste avant le buzzer. Il tient sa performance (22 points, 11 passes décisives, 10 rebonds) et sa série. Ses coéquipiers viennent le féliciter, eux qui ont tenté de l’aider en continuant à tirer rapidement malgré l’écart, afin de lui offrir davantage de chances pour une dixième prise. Mais la joie est de courte durée. Le lendemain la NBA annule le dernier rebond, arguant qu’une tentative de tir se définit par un joueur essayant effectivement de marquer. Or ici il n’y a pas eu volonté de faire rentrer la balle dans le cercle, annulant la tentative et le rebond. Sura admet sans problème qu’il a raté volontairement son lay-up et s’excuse dans la foulée. « Je n’ai jamais eu l’intention de tourner notre sport en dérision. Si quelqu’un a été blessé par mes actions, je suis sincèrement désolé » (Source : espn.com).

JAVALE MCGEE, L’ÉNERGIE DU (DÉS)ESPOIR

Source : wikipédia

Lui aussi joueur spectaculaire et fantasque, le pivot de Washington se retrouve sur la ligne des lancers-francs après un and one. Il reste un peu moins de 4 minutes à jouer et en est à 9 points, 12 rebonds et 12 contres. Mais il manque sa tentative. S’ensuit alors une fin de match tragi-comique. McGee cherche à jouer tous les ballons d’attaque mais multiplie les ratés (brique, perte de balle, airball). Finalement à 18 secondes du terme il parvient à ses fins sur un dunk rageur. Tellement exalté par son accomplissement il reste accroché au cercle et est sanctionné d’une faute technique pour célébration excessive. Dans une défaite de 21 points, la cinquième consécutive en ce mois de mars 2011. « C’était le point le plus difficile que j’ai eu à marquer dans ma vie » déclare-t-il après le match (Source : newsok.com).

NICOLAS BATUM, LA PRIÈRE ET LE REPENTI

Photo by Cameron Browne/NBAE via Getty Images

Loué pour sa polyvalence le Français est fidèle à sa réputation lors de la réception des Spurs en novembre 2013. 8 points, 12 rebonds, 11 passes et une victoire acquise. En toute fin de match il récupère la balle et envoie un tir du milieu de terrain qui fait mouche alors que le buzzer retentit. Le geste d’incompréhension de Tim Duncan avant même que le ballon ne rentre fait sans doute prendre conscience à Batum que quelque chose cloche. Tout penaud il n’esquisse aucun mouvement de joie. Dans les vestiaires il confesse l’air sombre : « C’est peut être la pire chose que j’ai fait dans ma carrière. Je m’excuse auprès des Spurs, c’était peu respectueux pour le jeu, pour moi-même, pour les Blazers » (Source : The Oregonian).

JAMES HARDEN, LE COÉQUIPIER TROP MOTIVÉ

Photo by Bill Baptist/NBAE via Getty Images

Décembre 2014. Houston a match gagné face à Denver. Harden est encore sur le terrain et il lui manque un rebond pour valider son triple-double. Ses coéquipiers sont au courant sauf peut être Troy Daniels. Il arrache une première prise alors qu’il est à la lutte au rebond avec un joueur des Nuggets et Harden. Quelques instants plus tard Daniels et son leader sont cette fois seuls sous le panier. Mais en sautant pour capter le ballon il l’enlève involontairement des mains d’Harden. Ce dernier bondit alors de dépit mais va rapidement féliciter son partenaire, qui a simplement fait preuve d’engagement et veut profiter au maximum de son peu de temps de jeu, comportement somme toute louable. A l’arrivée Harden obtiendra le rebond manquant (24 points, 10 rebonds, 10 passes décisives) sur une ultime tentative manquée par un joueur des Nuggets, pourtant incité par ses coéquipiers à ne pas tirer pour ne pas offrir le triple-double sur un plateau.

BONUS : ANDRAY BLATCHE, LA SUPPLIQUE À L’ADVERSAIRE

Source : truthaboutit.net

L’ailier-fort de Washington y est presque face aux Nets en avril 2010. 29 points, 13 passes décisives, 9 rebonds. 30 secondes à jouer. Il laisse shooter son vis-à-vis, se précipite au rebond, le capte mais est sanctionné pour une faute. Première déception. Mais la chance se présente à nouveau. Tir adverse dans le corner, bien trop long. Blatche est bien placé, ça y est il le tient. Et non ! Son partenaire Cartier Martin tend les bras et attrape le ballon qui lui arrive dessus. Deuxième déception. Puis lancer-franc Washington. McGee réussit le premier. Blatche va à peine le féliciter et préfère demander à Yi Jianlian, joueur des Nets, de lui laisser le rebond en cas de deuxième lancer raté. McGee le rentre. Troisième déception. Dans une ultime tentative Blatch tente de remonter le terrain pour forcer un shoot mais le chrono expire. Quatrième et ultime déception.

LE CAS WILT CHAMBERLAIN

Homme de performances chiffrées s’il en est, le Big Dipper est officiellement crédité de 78 triple-double en carrière, dont un fameux « double triple-double ». Il en a sans doute été privé de nombreux autres en raison de la non comptabilisation des contres à l’époque où il jouait. Critiqué pour être individualiste et surtout porté sur les points inscrits, Chamberlain réalise 59 de ses 78 triple-double en deux saisons, entre 1966 et 1968, sous le maillot des Philadelphie 76ers. Lors de l’exercice 1967-1968 il est même le joueur comptabilisant le plus de passes décisives, fait unique pour un pivot dans l’histoire. Mais de nouvelles critiques l’accusent dorénavant de refuser des tirs pour faire monter ses passes (ses tirs tentés et points marqués baissent significativement à partir de 66/67). On peut tout de même accorder le bénéfice du doute à Chamberlain. Certes son ego, aussi imposant que lui, le poussa à prouver qu’il pouvait dominer autrement que par le scoring. Mais sans doute a-t-il aussi réalisé l’importance de partager la balle pour atteindre enfin la consécration collective (champion NBA 1967, proche du doublé en 1968). On peut y voir l’influence du coach Alex Hannum, qui réussit enfin à le persuader d’impliquer ses coéquipiers et de se concentrer encore davantage sur le rebond et la défense. De même évoluer dans un effectif plus étoffé aux 76ers qu’aux Warriors l’incita-t-il à plus partager le ballon. C’est lui même qui déclarait à l’époque Warriors que, contrairement à son grand rival Bill Russell, il était obligé de marquer 40 points pour espérer que son équipe l’emporte.

Hormis peut-être pour Wilt Chamberlain on remarque dans les exemples ci-dessus que la performance est voulue, recherchée. Le joueur est si près d’une forme de Graal que l’atteindre est trop tentant. Ce qui semble traduire un changement d’état d’esprit et une nouvelle manière d’envisager le triple-double. Il devient dans ces cas précis un objet que l’on poursuit, une réalisation qui va ressortir, marquer les esprits, puisque lu de manière brute,immédiate, cela demeure un accomplissement remarquable. Cette situation n’a fait que s’amplifier en raison d’une information qui circule de plus en plus vite et de l’importance croissante accordée aux statistiques à mesure que l’on avance dans le temps. Quand Oscar Robertson les enquillait, le triple-double n’était même pas une statistique que la NBA comptabilisait. En 2013, à la question de savoir s’il avait l’impression à l’époque de réaliser quelque chose d’important il répondit simplement : « Pas vraiment. Je pensais que tout le monde jouait de la même manière. La manière dont j’ai appris à jouer : passe la balle, tir lorsque tu es ouvert, va au rebond lorsque tu es près du panier » (Source : nba.com).

LA CHASSE AU TRIPLE-DOUBLE

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About Charles Mamere (13 Articles)
Pratiquant le basket depuis l'âge de six ans, ayant commencé à suivre la NBA avec le premier sacre des San Antonio Spurs en 1999. Dès lors impossible d'en décrocher, que ce soit pour suivre son actualité quotidiennement ou pour plonger dans sa riche histoire avec passion.

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