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ITW Alex Nelcha : « Dijon était ma maison »

Interview

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Né en 1968 au Venezuela d’un père français, Alex Nelcha a naturellement connu les plus belles heures de sa carrière entre les deux pays durant les années 90. Son parcours l’a également mené aux Etats-Unis et même donné l’occasion d’affronter la meilleure équipe de tous les temps : la fameuse Dream Team américaine de 1992. Celui qui a laissé une trace indélébile à Maurienne et à Dijon a accepté de répondre à nos questions…

BR : Vous souvenez-vous de vos premiers pas sur un parquet ?

AN : Oui, je m’en souviens ! J’avais 16 ans et j’étais au Venezuela, je faisais du baseball, et lorsque j’ai changé de lycée ma prof d’espagnol a vu que j’étais grand et m’a demandé si je voulais m’entraîner avec l’équipe professionnelle entraînée par l’un de ses amis. J’ai dit que je pouvais, mais que je n’avais jamais joué au haut niveau. J’y suis donc allé, ce n’était bien sûr pas la première fois que je faisais du basket, parce qu’on y joue à l’école, mais c’est comme ça que j’ai découvert le basket pro. A partir du moment où j’ai commencé à jouer avec cette équipe pro, tout s’est passé très vite. J’ai appris rapidement, rejoint l’équipe de l’état de Caracas, puis l’équipe nationale junior, tout ça dans la même année.

BR : A 19 ans, vous décidez de rejoindre les Etats-Unis et plus précisément l’université de Bloomsburg en Pennsylvanie, quelles étaient vos ambitions ?

AN : Au retour d’un championnat avec les juniors du Venezuela, on nous a dit qu’il y avait un contact avec une université américaine. J’étais le seul de l’équipe à avoir mon bac, donc on m’a choisi, on m’a payé l’avion… J’y suis allé, je me suis entraîné là-bas, je pensais que ma place était garantie mais nous étions en fait deux en concurrence. Je ne parlais pas anglais et je n’avais pas compris que ça se jouerait entre lui et moi. Ce n’était qu’un essai, mais c’est moi qu’ils ont décidé de garder !

BR : Comment se sont passées ces trois années aux Etats-Unis ?

AN :  C’était très bien, j’ai rencontré des gens magnifiques. Je suis toujours en contact avec certains, avec mes coéquipiers, des étudiants… ça s’est super bien passé ! Au niveau du basket, mais aussi dans la vie en général. J’ai beaucoup appris à l’université. Quand je sortais tôt de l’école, je pouvais aller à la salle où il y avait toujours un entraîneur qui travaillait avec moi individuellement.

BR : Avez-vous eu de bons résultats ?

AN : On était l’une des meilleures équipes de notre conférence mais l’université de Millersville finissait toujours ou presque à la première place. Nous étions en deuxième division universitaire, mais ils avaient beaucoup de joueurs d’un niveau supérieur, qui n’avaient simplement pas les résultats scolaires obligatoires pour être dans une meilleure université. Je crois que nous possédons toujours un record, lors d’une saison nous avons gagné 27 matchs pour seulement 5 défaites.

« J’ai beaucoup appris à l’université. Quand je sortais tôt de l’école, je pouvais aller à la salle où il y avait toujours un entraîneur qui travaillait avec moi individuellement. »

BR : Pouvez-vous nous raconter vos premiers pas en tant que professionnel au Venezuela ?

AN : Je suis rentré au Venezuela en 1990, j’ai commencé à jouer la saison avec Trotamundos, la seule équipe pour laquelle j’ai joué là-bas, à part l’équipe de Caracas avec qui j’avais fait mon premier entraînement.  Je crois que j’ai fini meilleur contreur du championnat, et j’ai été présélectionné en équipe nationale.

BR : Comment avez-vous réagi en apprenant votre sélection en équipe nationale pour le championnat du monde en Argentine ?

AN : C’était un choc ! J’avais déjà été présélectionné pour le tournoi de qualifications, mais en arrivant à la salle, le sélectionneur m’avait renvoyé…Je m’étais retrouvé comme un con, à devoir prendre un bus pour retourner à Valencia, la ville de l’équipe de Trotamundos. J’avais donc repris le championnat pendant que les autres faisaient ce tournoi. On avait fini champion, mais tous les meilleurs joueurs étaient en équipe nationale, il ne restait que les jeunes et les remplaçants. On n’a pas perdu un match durant cette période, je crois qu’on a gagné dix-sept matchs de suite. J’ai alors été présélectionné pour le championnat du monde, j’ai participé aux entraînements, et cette fois j’ai été retenu. Je ne pensais pas que j’allais être choisi puisque c’était le même entraîneur, mais bien sûr, j’étais fier !

« En arrivant à la salle, le sélectionneur m’avait renvoyé…Je m’étais retrouvé comme un con, à devoir prendre un bus pour rentrer »

BR : Lors du premier match de la compétition, vous perdez de peu face au futur champion yougoslave et sa génération dorée, avec notamment Drazen Petrovic, Toni Kukoc et Vlade Divac, quelles impressions vous a fait cette équipe ?

AN : C’était une belle équipe, très forte. Mais pour dire la vérité, on ne savait pas qu’ils étaient aussi forts et on a joué sans pression. On a fait un super match, je ne sais plus de combien de points on a perdu mais on a bien joué, je crois que j’ai marqué 12 points.

BR : Comment avez-vous atterri à Maurienne ?

AN : Quand je jouais au Venezuela, un copain de mon père – tous deux étaient martiniquais – est venu chez nous. Il m’a regardé jouer à la télé, s’est renseigné sur moi pour savoir si j’avais la nationalité française, ce qui est le cas, et a dit à mon père qu’il connaissait un joueur pro en France, Félix Courtinard. Son agent m’a appelé, moi je ne parlais pas français mais il a discuté avec mes parents, et après le championnat du monde j’ai pris l’avion pour la France et j’ai atterri à Maurienne.

BR : Pourquoi avoir accepté de jouer en Nationale 2 ?

AN : Je venais d’atterrir en France, je ne savais pas comment ça se passait, et j’étais quand même mieux payé qu’en première division vénézuélienne. J’ai décidé de rester mais j’ai vu que j’étais au-dessus du niveau, j’ai demandé à mon agent pourquoi je ne jouais pas en première division, il m’a dit que je ne pouvais pas parce que j’étais naturalisé, ce qui n’était pourtant pas le cas, et j’ai attendu trois sans ici. J’avais 22 ans donc j’avais le temps.

carte Alex Nelcha

BR : Le 5 juillet 1992, vous jouiez contre la Dream Team en finale du tournoi des Amériques, qualificatif pour les Jeux Olympiques de Barcelone, quel souvenir gardez-vous de cette confrontation extraordinaire ?

AN : Il faut le dire, c’est le meilleur match que j’ai joué dans ma vie. Quand j’étais à l’université, dans ma chambre j’avais des posters de pratiquement tous les joueurs de la Dream Team ! Tout d’un coup je me suis retrouvé en face, à jouer la finale de ce championnat… C’était magnifique, il n’y a pas de mot, c’était une bonne expérience.

BR :Le Venezuela a perdu contre les Etats-Unis, comme tout le monde à cette époque, mais vous avez quand même marqué 7 points et pris 8 rebonds en 28 minutes, vos statistiques sont bonnes !

AN : Oui ! 9 points je pense ? Peu importe, j’ai fait un match correct, surtout en deuxième mi-temps. En première mi-temps nous étions un peu nerveux, ensuite c’était mieux, on avait un jeu atypique, c’est pour ça qu’on s’est retrouvé en finale et qu’on a battu des équipes comme le Brésil ou le Canada qui avaient deux ou trois joueurs NBA.

BR : Lors de ce match vous faisiez également face à Karl Malone et Charles Barkley, deux des meilleurs ailiers forts de l’histoire, cela a-t-il permis au jeune homme de 24 ans que vous étiez de progresser ?

AN : Progresser, non, parce qu’il n’y avait qu’un match, ça passe vite ! Si j’avais eu l’opportunité de m’entraîner avec ces gars-là, c’est sûr que mon niveau serait monté, mais sur un match, non, je ne peux pas dire ça. Barkley était assez petit, mais en plus de Malone il y avait aussi David Robinson et Patrick Ewing qui étaient beaucoup plus grands que moi. C’était impressionnant parce qu’ils étaient plus grands et plus lourds mais ils bougeaient comme des petits mecs !

« David Robinson et Patrick Ewing étaient beaucoup plus grands que moi. C’était impressionnant parce qu’ils étaient plus grands et plus lourds mais ils bougeaient comme des petits mecs ! »

BR : Un an plus tard vous rejoignez Dijon et la Pro A, s’agit-il des plus belles années de votre carrière ?

AN : Dijon, c’était ma maison ! J’ai joué dans d’autres équipes ensuite mais c’est l’équipe de Pro A où je me suis senti le mieux, je me sentais comme chez moi.

BR : Vous y avez disputé trois fois les playoffs en cinq ans, êtes-vous satisfait de ce parcours ou pensiez-vous pouvoir jouer le titre ?

AN : Il y a une année, je ne sais plus laquelle, où nous avions une super équipe, je trouvais que c’était la meilleure du championnat. Dans le cinq, il y avait Skeeter Henry, Ron Davis, Ian Lockhart, le meneur Bruno Hamm, et moi, et sur le banc on avait Percevaut, Anthony Lopez, Eric Lecerf, Willem Laure et Mohamed Kanté (ndlr : il s’agit en fait d’un mélange des effectifs des saisons 1994/95 et 95/96). Je crois qu’on a gagné les huit ou neuf premiers matchs, mais on a eu des problèmes internes par la suite…

BR : On voit que vous vous souvenez bien de vos coéquipiers de l’époque !

AN : Oui je m’en souviens bien, ça fait longtemps mais il faut dire que ce sont les meilleurs moments de ma vie, ce sont des trucs qu’on n’oublie pas.

« A Dijon, nous avions une super équipe, je trouvais que c’était la meilleure du championnat »

BR : Vous avez notamment joué sous les ordres de Jean-Luc Monschau et de Chris Singleton, quel coach vous a le plus marqué ?

AN : Je dirais Jean-Luc Monschau, qui travaillait beaucoup, regardait des vidéos… Je ne sais pas combien de temps il y passait mais on était toujours prêt à jouer contre les autres équipes. On savait les systèmes de jeu qu’ils avaient, il nous préparait bien.

alex trotamundos

BR : Vous avez « roulé votre bosse » avec des passages au Mans, à Montpellier et à l’étranger, avant de finir votre carrière à Limoges, quelles évolutions avez-vous remarquées dans le basket français entre votre arrivée en 1990 et votre dernière saison en 2002 ?

AN : Les équipes étaient de plus en plus fortes ! De mon côté j’étais assez discipliné. A la fin de chacune de mes saisons en Pro A, je rentrais au Venezuela pour jouer la fin du championnat avec Trotamundos, et après j’allais à la salle de muscu pour pouvoir revenir en France en forme et affronter les jeunes qui sautaient au plafond. Ils avaient  moins de respect pour les joueurs plus âgés et voulaient tout de suite être dans le 5 majeur, mais
le basket français a évolué, on voit d’ailleurs de plus en plus de joueurs français aller en NBA.

BR : Un mot pour conclure cette interview ?

AN : Comme je l’ai dit, Dijon était ma maison, il y a encore beaucoup de supporters qui m’écrivent sur Facebook, qui m’appellent « le capitaine de toujours ». J’ai eu deux équipes où j’ai passé du bon temps, Maurienne, qui m’a très bien accueilli, et Dijon. J’ai été bien accueilli partout, je ne peux pas dire que les autres n’ont pas été bien, mais les meilleurs sont ces deux-là. J’ai toujours de bons amis qui habitent à Maurienne et à Dijon, certains qui n’ont même rien à voir avec le basket.

Propos recueillis par Alexandre Rivet pour Basket Rétro

Un grand merci à Alex Nelcha pour sa disponibilité !

USA – VENEZUELA (FINALE DU TOURNOI DES AMÉRIQUES – 5 JUILLET 1992)

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