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[Portrait] Ron Anderson – le basket éternel

Portrait

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Un phénomène de la nature. Dans la catégorie des basketteurs célèbres, il n’y a eu qu’Oscar Schmidt pour avoir connu une carrière aussi longue. Il avait juste envie de gagner sa vie comme tout le monde et sortir de la pauvreté. Le hasard a voulu qu’un joueur le remarque sur un playground alors qu’il avait déjà 17 ans. Ron Anderson a passé plus de trente ans sur les parquets entre les États-Unis et la France. Retour sur un parcours totalement improbable.

Après deux belles années à l’université Fresno State (16,9 pts – 56% – 5,9 rebs), Ron Anderson est sélectionné en 28ème position (à 26 ans) par Cleveland en 1984. Un cru d’exception pour rappel avec Michael Jordan, Akeem Olajuwon, John Stockton et Charles Barkley entre autres. Sa saison rookie est difficile du à un temps de jeu réduit à une dizaine de minutes. Compliqué de passer derrière Phil Hubbard, un ailier solide et encore plus en décalage au poste deux quand un certain World B.Free règne en maître. A peine la campagne 1985-1986 débute que les Cavaliers se séparent d’Anderson en l’envoyant à Indiana contre un futur tour de draft (très lointain, au 4ème tour!). Chez les Pacers, il est titulaire sur la moitié des rencontres disputés dans un effectif très jeune aux côtés du meneur Vern Fleming, du jazzman Wayman Tisdale, du futur pivot « bencher » des Knicks , Herb Williams et d’un certain Terence Stansbury.

La franchise reste dans les bas-fonds du classement et la draft 1986 arrive à grand pas. Une très mauvaise nouvelle pour Ron car son équipe sélectionne Chuck Person, une pure gâchette qui joue au même poste. Une nouvelle rechute dans son temps de jeu, mais la franchise est qualifiée pour les playoffs. Un choix qui s’est donc avéré payant. La saison suivante, c’est Reggie Miller qui pose ses valises dans l’Indiana. La paire de shooteurs Person/Miller fait des étincelles pendant que Ron ronge son frein sur le banc.

LES CHOSES SÉRIEUSES COMMENCENT

La délivrance arrive en octobre 1988, juste avant le coup d’envoi de la nouvelle année NBA. Transféré à Philadelphie contre l’obscur Everette Stephens (à peine deux ans en NBA), Anderson reste majoritairement sixième homme. Le coach Jim Lynam préfère avoir une option offensive de qualité en sortie de banc pour laisser toutes les munitions à Charles Barkley, Hersey Hawkins et Mike Gminski. Un rôle qu’il remplie à la perfection en scorant 28 points contre ses anciens coéquipiers d’Indiana, 36 unités sur les Celtics sans Larry Bird et le match dont il a le meilleur souvenir: 32 points avec la victoire au bout sur les Bulls avec Michael Jordan et Scottie Pippen sur le dos.

Sans rater la moindre rencontre, Anderson termine avec 16,2 points à 49% et 5 rebonds en moyenne. Toujours motivé quand il s’agit de jouer à Chicago dont il est originaire, mais aussi sortir les grosses perfs’ au Madison Square Garden. 36 points pour un succès en saison régulière puis pour le premier tour des playoffs, 26 points sur les deux rencontres jouées à New York. Sans conséquences, Philadelphia se fait sortir sur un sweep, le Game 3 étant un classique à voir absolument. L’année suivante, c’est le titre de la division Atlantic qui tombe dans la poche des 76ers. Les stats de Ron baissent pour une simple raison, Barkley est aligné au poste trois pour former un frontcourt de déménageurs avec Mike Gminski et surtout Rick Mahorn, l’ex bad boy de Detroit. Moins de présence sur le parquet, mais toujours précieux en défense et sur son shoot extérieur. Les 76ers ne survivent pas aux Bulls en demi-finale de conférence (1-4) d’un Michael Jordan en fusion totale (43 pts – 55% – 6,6 rebs – 7,4 asts et 4 stls en moyenne!).

Même constat en 1991, Ron a plus de responsabilités et fait preuve d’une régularité exemplaire et c’est le crash contre le mur de Chicago au même stade de la compétition. Philadelphia n’y arrive plus, pas de playoffs en 1992, transfert d’un Barkley furieux, quelques pépins physiques, une fin de carrière en NBA en eau de boudin où il finit par être coupé par les 76ers, les Nets, une pige en CBA et non gardé par les Bullets après un contrat de dix jours. Ron prend son envol pour le vieux continent pour écrire une toute nouvelle histoire, la plus belle.

LA FRANCE A UN INCROYABLE TALENT

A un âge où un sportif est déjà à la retraite ou au crépuscule de sa carrière, Ron Anderson veut juste jouer. Peu importe l’endroit et le niveau, le basket est une passion dévorante. A 36 ans, il débarque à Montpellier en 1994 où il cartonne à 25 points de moyenne, meilleur marqueur du championnat. L’équipe reste dans le bas du classement et se qualifie pour les playoffs sur la dernière place qualificative. Dijon se présente comme adversaire et l’exploit survient, Montpellier l’emporte 2-1 et offre même une résistance admirable à Cholet en 1/4 de finale. Anderson tape dans l’oeil des grosses écuries européennes et le Maccabi Tel-Aviv remporte la mise. De courte durée, un passage sur le billard raté, les genoux qui commencent à grincer et son jeu en pâtit. Il décide de revenir en France en 1996 au Mans puis l’année suivante à Tours, une pige en Israël et enfin un retour à Montpellier. Sur cette saison, le All Star Game est organisé par la capitale de l’Hérault et Ron Anderson leur fait un joli cadeau, la victoire au concours à trois-points. En 2000, il décide de prendre sa retraite au niveau professionnel après son passage à Angers, mais pas question de quitter le monde du basket. Il tombe amoureux de la région Pays de la Loire et s’y installe avec sa famille. Il signe pour le club de La Séguinière, près de Cholet, alors qu’il a passé la barre des quarante balais.

Photo Ouest-France

Une longue aventure qui va durer dix ans et devenir une icône locale dans cette commune de 4000 habitants. De la régionale 1, La Séguinière passe à la N3 et remporte même le titre en 2003! Pour avoir eu l’occasion de le voir jouer (EOL Landerneau dans le finistère), Ron Anderson avait une facilité incroyable à dominer tous les jeunots. Comme dans un fauteuil, il allumait à toutes les distances en jouant à son rythme sans forcer. Même à un âge avancé, il était tellement au dessus de tout le monde en réalisant des pointes à 40 points sans problème. Loin des paillettes et des égos de la NBA, Ron est un homme humble, simple et totalement abordable. N’importe quel gamin pouvait s’en approcher pour lui demander un autographe ou taper la discute. Le club sera relégué mais retrouve la Nationale 2 en 2010, l’heure pour notre marathonien de raccrocher les sneakers pour de bon à…52 ans!

« Je ne voulais pas finir avec une canne, j’ai les genoux usés à force  d’enchaîner les piqûres. Je veux pouvoir m’amuser avec ma fille tout en restant mobile »

« Je n’ai réellement appris le basket qu’à 22 ans et si je me sens aussi bien physiquement aujourd’hui, c’est parce que je ne me suis pas usé prématurément. »

Le 13 mai 2011, La Séguinière avait préparé un jubilé pour son héros dans leur antre (la salle de l’arceau. Entre ses anciens coéquipiers et ses amis, il y avait du beau monde ce soir-là. Jim Bilba, Hervé Dubuisson, Régis Racine, Tony Stanley, Guillaume Pons ou encore Alain Weisz étaient présents autour du grand bonhomme de la soirée, plein d’émotions et qui portait son maillot de Philadelphia pour marquer le coup. Une salle archi bondée avec 600 personnes présentes pour une capacité à la base de 450 places. Aujourd’hui, c’est une tout autre occupation loin des parquets. Peur de l’ennui, l’envie de rendre service, Ron Anderson est agent de sécurité dans un supermarché, toujours dans la région. Aider les personnes âgées, handicapés ou qui ne peuvent soulever les articles lourds? Présent pour aider, même jusqu’à amener les courses dans le coffre!

« Je ne sais pas rester sans rien faire, il fallait que je bosse! »

Le milieu du commerce, ça le connaît. Dès 19 ans, il travaille dans un supermarché. Il a son appartement, sa voiture. Quelques années plus tard, il joue en NBA et devient un phénomène dans l’hexagone. Lorsqu’on lui demande le secret de sa longévité (via le journal Ouest-France), il n’y a pas de surprise, une hygiène de vie au top.

« C’est mental et physique. J’ai un programme qui marche depuis longtemps. Le vendredi, je ne fais rien, je ne sors pas. Je me couche à 22 h 30. Le samedi, je dors de 13 h à 17 h quand on joue à domicile. Je regarde les cassettes vidéo de l’adversaire auquel je pense constamment. Le samedi, c’est le meilleur moment pour moi. Le samedi soir, j’ai 30 ans. »

Une anecdote sympathique à ajouter? Nick Anderson, l’ancien joueur d’Orlando est le cousin de Ron. Son fils, Ron Anderson Jr, joue également en France à Poitiers en Pro B. Devant un tel parcours et cette mentalité exemplaire, que dire si ce n’est, Respect Mr Anderson.

REPORTAGE RON ANDERSON FRANCE 2

QUELQUES HIGHLIGHTS DE RON ANDERSON AVEC LA SÉGUINIÈRE

LES HIGHLIGHTS CONTRE NEW YORK – PLAYOFFS 1989

Crédits photos : FFBB/Starstory/Getty/Maxi Basket

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About Anthony "Pred" Saliou (413 Articles)
Fan de MJ, d'Hakeem, Bird et Sir Charles notamment, déteste les Sonics et le Thunder, peu d'amour pour les Lakers, mais adore par-dessus tout le basket "tough". A passé plus de 10 ans sur la toile basket à débattre et râler comme tout vieux qui se respecte.

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