Breaking News

[NCAA] Providence, le chemin de croix – 1997

NCAA

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Lors de la saison 1996-1997 du championnat universitaire américain les Friars de Providence vont se hisser jusqu’à l’Elite Eight, les finales régionales du tournoi NCAA. Retour sur cette équipe et son périple jusqu’aux portes du Final Four.

L’université de Providence se situe à proximité de la ville éponyme, l’une des plus vieilles cités des États-Unis, capitale de l’État de Rhode Island, une des 13 colonies qui en 1776 déclarèrent leur indépendance vis à vis de la couronne britannique et se constituèrent en tant qu’États-Unis d’Amérique. Fondée en 1917 par des religieux de l’Ordre Dominicain le Providence College a la particularité d’être toujours géré et administré par les membres de la confrérie.

Côté basket les Friars (Frères en vf) comptent deux participations au Final Four en 1973 et 1987, une à l’Elite Eight en 1965, mais également deux victoires (1961 et 1963) dans le NIT, tournoi initialement parallèle/concurrent à celui de la NCAA mais qui deviendra progressivement la « consolante » pour les recalés de la March Madness. L’université a vu passer dans ses rangs des hommes dont les noms résonnent fortement dans l’histoire du basket américain. Lenny Wilkens et John Thompson, joueurs des Friars devenus légendes du jeu et du coaching. Le trident de 1973, Dave Gavitt (coach)/Marvin Barnes/Ernie DiGregorio. Rick Pitino, coach alors peu connu d’une équipe de 1987 ayant pour leader un meneur du nom de Billy Donovan, futur double vainqueur de la March Madness 20 ans plus tard sur le banc de Florida.

UNE SAISON FAITE DE HAUTS ET DE BAS

Le coach Pete Gillen
Source : friarbasketball.com

Membre fondateur de la Big East, Providence remporte le tournoi de la conférence en 1994 puis participe au NIT les deux saisons suivantes. Arrive alors le fameux exercice 1996-1997. Dirigée par Pete Gillen l’équipe va connaître une saison sur courant alternatif. Après deux séries de six victoires consécutives, où elle dispose notamment de Texas (alors 18ème du classement national) et gifle à la télé nationale le grand rival Villanova (+23) alors classé n°8, les Friars affichent un bilan de 17 victoires pour 5 défaites. Les seniors Austin Croshere (17,9 pts-7,5 rebonds) et Derrick Brown (17,4 pts-6,3 rebonds) alimentent la marque, bien soutenus par les 14pts-5 rebonds de Jamel Thomas, cousin de Stephon Marbury n°4 de la draft 1996. Le solide pivot Panaméen Ruben Garcès (9,5pts-7,8 rebonds, qui joue toute la saison avec une fracture de fatigue à la jambe droite) est un bon complément à Croshere, ailier-fort à la large palette offensive (poste, pénétration, tir extérieur). Enfin à la baguette on retrouve le sophomore God Shammgod. Meneur au shoot instable il est en revanche un manieur de ballon sans aucun équivalent, art qu’il a façonné sur les playgrounds new-yorkais de son enfance. Coaché par Nate Archibald en middle school, coéquipier de Ron Artest en high school, McDonald All American en 1995, il orchestre le jeu de Providence (10,8pts-6,6 passes) et fait preuve d’une belle agilité défensive (2,4 interceptions de moyenne, avec une pointe à 10 lors d’une victoire contre Brown).

Mais la belle machine se grippe. L’équipe s’incline 5 fois sur les 7 dernières rencontres dont 3 défaites consécutives pour conclure la saison régulière, compromettant la qualification pour la March Madness. Des rumeurs pointent des dissensions entre new-yorkais (Brown, Shammgod, Thomas) et californien (Croshere). Pete Gillen reconnaît lui-même que son équipe est nerveuse, râle même après les victoires. Elle pêche par excès d’individualisme et n’est pas toujours à l’écoute.

LE TOURNOI DE CONFÉRENCE COMME TREMPLIN

Austin Croshere
Source : Associated Press

Le tournoi de la Big East qui se déroule au Madison Square Garden sera le juge de paix pour les Friars. Ils écartent Rutgers au premier tour (77-56) et retrouvent West Virginia en quarts de finale. Pour tous les experts le vainqueur du duel intégrera le tableau NCAA. Quatre joueurs dont Croshere, élu dans le cinq majeur de la conférence, inscrivent plus de 10 points et Providence l’emporte 76-69. Bien que battue par Villanova en demi-finale (63-73) l’équipe participera à la Big Dance. Elle hérite de la tête de série n°10 dans la région Sud-Est et est opposée au premier tour à Marquette, tête de série n°7 et vainqueur du tournoi de la Conference USA. Pour son entrée en lice Providence ne va pas faire dans la dentelle. Une destruction en règle (81-59) derrière les 39 points d’Austin Croshere dont une bombe envoyée depuis sa propre ligne de lancer-franc au buzzer de la mi-temps.

Derrick Brown (32) et God Shammgod (12)
Source : providencericity.blogspot.fr

Malgré tout, l’ambiance chaotique de la saison semble de nouveau de mise. Un joueur se plaint de ne pas assez toucher le ballon. Un autre doit être séparé d’un assistant coach durant un temps-mort. Pas forcément la meilleure manière d’aborder le gros rendez-vous du deuxième tour face à Duke tête de série n°2, qui plus est à Charlotte, autant dire à domicile pour l’équipe de Mike Krzyzewski. Pete Gillen enferme ses joueurs dans une pièce pour les forcer à aplanir les différends. Il les convainc également que la victoire est à leur portée. Galvanisés par l’événement les Friars vont alors réaliser un exploit retentissant. Portés par les 33 points-10 rebonds de Derrick Brown et une forte domination au rebond (43-24, 20 points sur rebonds offensifs) ils éliminent un des programmes les plus puissants du pays (98-87). La victoire est bien collective avec 21points-10 rebonds pour Croshere et 17 points de Thomas. Incapable de contrôler Shammgod (9 passes décisives-12pts) en seconde mi-temps, Duke aura aussi terriblement souffert de la cinquième faute litigieuse de Roshown Mcleod, son meilleur rebondeur, à 9 minutes du terme.

« Ils ont huit Mcdonald All American dans leur effectif. Nous mangeons au McDonald avant nos matchs », Pete Gillen à propos du match face à Duke.

La folie s’est bien emparée de mars puisque Providence retrouve pour le Sweet Sixteen une équipe encore davantage inattendue, les Mocs de l’Université du Tennessee à Chattanooga, tête de série n°14. Si Pete Gillen craint une baisse de concentration en raison d’un adversaire plus modeste, il n’en sera rien. Providence l’emporte 71-65 et accède à l’Elite Eight où il retrouve Arizona, tête de série n°4, tombeur du Kansas de Paul Pierce, tête de série n°1, au tour précédent. Les Wildcats présentent un effectif ronflant. La paire d’arrières Mike Bibby/Miles Simon est considérée comme l’une des meilleures du pays. A l’aile Michael Dickerson tourne à 18,9pts de moyenne. Enfin on retrouve le feu follet Jason Terry en sortie de banc.

Ruben Garcès (24) et Jamel Thomas (33)
Source : GettyImages

Arizona prend le meilleur départ. Mais la zone 2-3 proposée par Providence va progressivement faire effet, leurs adversaires ayant tendance à rester en périphérie et à perdre de nombreux ballons (13) en 1ère période. Les Friars reviennent à la faveur d’un 12-0 et Arizona n’est devant que d’un point à la pause (32-31). A la reprise l’intensité physique augmente et les esprits s’échauffent. Les arbitres distribuent les techniques (4, dont 3 contre Providence). Croshere, très bien contenu par la défense d’Arizona (seulement 12 points), sort pour une cinquième faute « fantôme » alors qu’il reste près de 9 minutes à jouer. Providence est à -12 et l’affaire semble mal embarquée pour des Friars qui s’agacent et multiplient les fautes. Mais ils restent dans le match grâce à un insaisissable Shammgod (23pts-5 passes), inarrêtable en pénétration, auteur d’un dribble chaloupé devenu une référence et qui porte désormais son nom. Encore mené de 7 points à 1m15 de la fin Providence va bénéficier de l’activité de Garcès (16pts-19 rebonds), d’une défense retrouvée et des mauvais choix d’attaque d’Arizona pour revenir. Jamel Thomas égalise à 3pts à 15 secondes du terme (85-85). Puis les Friars interceptent mais Shammgod manque son tir. Le ballon sort mais est toujours en faveur de Providence. Sur la remise en jeu la balle arrive dans les mains du meneur remplaçant Corey Wright qui ne trouve pas la cible à 3pts. Prolongation. Celle-ci sera fatale aux Friars finalement crucifiés 96-92. Arizona et Miles Simon (30pts) rejoignent le Final Four, qu’ils remporteront. Providence attendra 2016 pour de nouveau gagner un match lors de la March Madness.

DES DESTINS VARIÉS, UN NOM ANCRÉ

Les joueurs de l’épopée vont connaître des trajectoires différentes à l’issue de leurs carrières universitaires. Très performant durant la saison et le tournoi final Croshere sera drafté en 12ème position par les Indiana Pacers. Il y fera l’essentiel de sa carrière, participant aux Finales NBA en 2000. Derrick Brown joua aux Philippines et en Amérique du Sud. Ruben Garcès passa notamment par la France (une saison à l’ASVEL en 2000-2001) et l’Espagne avant de finir en Amérique du Sud. Jamel Thomas fit encore une saison à Providence puis, après de courts séjours en NBA, s’envola pour l’Europe (Italie, Grèce, Turquie). Reste le cas de God Shammgod. Ce tournoi NCAA sera d’après ses propres mots autant « une bénédiction qu’une malédiction ». Y avoir brillé lui permit d’être drafté (45ème choix par Washington). Mais en sautant ses deux dernières années de fac peut être n’était-il pas suffisamment préparé pour la NBA. Il ne participera qu’à 20 matchs avant de faire carrière à l’étranger, notamment dans le championnat chinois. Son personnage reste irrémédiablement associé à ce dribble qui participa à le rendre célèbre. (NB : si c’est bien le geste contre Arizona qui a marqué les esprits, on notera que Shammgod l’effectua également contre au Duke au 2ème tour, ce dont le public ne se souvient pas avec autant d’acuité). Même s’il semble ne pas en être l’inventeur originel. En effet la paternité du mouvement se trouverait en ex-Yougoslavie. Chez Dragan Kikanovic d’abord (champion du monde 1978, champion olympique 1980, triple champion d’Europe 73-75-77, une saison au Paris Basket Racing en 1983-1984). Chez Danko Cvjeticanin ensuite (double médaillé d’argent aux JO 88-92, vainqueur de l’Euroligue 86 avec le Cibona Zagreb et Drazen Petrovic). Dans les années 1990-2000 Dejan Bodiroga contribua aussi à populariser ce mouvement sur le vieux continent, connu sous le nom « d’El Latigo » (le fouet).

Aux États-Unis l’ancien meneur de Providence bénéficie d’une aura mêlant respect et excellence. Il est une figure mythique, un « maître »-étalon pour quiconque prétend être un as du maniement de balle. Nul doute que le nom de God Shammgod, qui donna des leçons en la matière à Kobe Bryant durant un camp partagé en high school, inspirera encore pour longtemps des générations de jeunes dribbleurs.

LA RENCONTRE ENTRE ARIZONA ET PROVIDENCE 

Retrouvez plus de Basket Retro sur





About Charles Mamere (12 Articles)
Pratiquant le basket depuis l'âge de six ans, ayant commencé à suivre la NBA avec le premier sacre des San Antonio Spurs en 1999. Dès lors impossible d'en décrocher, que ce soit pour suivre son actualité quotidiennement ou pour plonger dans sa riche histoire avec passion.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s