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Les « 11 » de la B.A.A. : les Boston Celtics

BAA

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

C’est en 1946 que la BAA, ligue ancêtre de la NBA voit le jour constituée de onze équipes, dans cette série d’article nous reviendrons sur la constitution et la première saison de chacune de ces équipes au travers de personnages forts. Aujourd’hui zoom sur les Boston Celtics, une des trois équipes originelles encore en vie. Et si l’on considère maintenant cette franchise comme un synonyme de victoire, ils furent en réalité la risée de la ligue pendant ses quatre premières années.

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Walter A. Brown

Walter A. Brown, le manager du Boston Garden, écoute avec attention l’homme qui est dans son bureau, Max Kase ancien journaliste à Boston est à présent éditeur sport du New York Journal-American et un grand convaincu de la viabilité d’une ligue professionnelle de basket dans les grandes villes américaines. Alors que la principale ligue professionnelle, la NBL, est dirigée par des industriels et joue dans des villes comme Sheboygan ou Oshkosh, Kase veut convaincre les membres de l’Arena Managers Association of America (AMAA) de s’unir pour créer une ligue qui remplira leurs stades à New York, Chicago ou Boston lors de l’inter-saison de hockey et les soirs sans matchs. Brown n’éprouve aucun intérêt particulier pour le basket, lorsque Ned Irish avait commencé à organiser des matchs au Madison Square Garden dans les années 30, Brown s’était opposé à l’imiter, déclarant même au Boston Herald : « Je ne connais rien au basketball mais ça me semble être un sport ridicule. Nous ne pouvons pas programmer des événements qui n’intéresseront personne, et personne ne regarde de basket en Nouvelle Angleterre« . Mais depuis les choses ont changé, la guerre est passée, l’économie repart, et Walter aime entreprendre depuis que son père George V. Brown, un des tous premiers hommes d’affaires américains dans le monde du sport (notamment créateur du marathon de Boston), l’a fait entrer dans cet univers en aidant à l’organisation de matchs de boxe, de hockey, etc.

Ce n’est pas la première fois que Kase évoque ce projet à Brown et, à force de discussions, il finit par le convaincre. Et bien qu’il ne soit pas le propriétaire le plus investi dans la création de la ligue par la suite, il faut lui reconnaître d’être celui qui aura amené la proposition à l’AMAA. Alors que la création officielle sera faite en Août 1946, les propriétaires commencent bien avant à former leur équipe, Brown envisage de nommer la sienne Boston Whirlwinds avant de se décider de sortir le portefeuille pour racheter le nom des Celtics aux Original Celtics, une des plus grandes équipes de barnstormers de l’histoire. Le portefeuille continue à chauffer avec les travaux de construction d’un nouveau terrain à la Boston Arena et les signatures d’un coach et de joueurs. Ces signatures laborieuses sont la principale raison de l’échec retentissant de la première saison des Celtics, Brown voulant au départ signer Frank Keaney coach de Rhode Island, mais un retard à leur rendez-vous vexe ce dernier qui refuse de continuer les conversations. Brown se tourne alors vers John « Honey » Russell, ancien joueur considéré à son époque comme l’un des meilleurs défenseurs du pays, Russell est alors manager d’une équipe de baseball dans la New England College League, il accepte la proposition de Brown mais lui explique que par principe il veut terminer la saison de son équipe et trouver son remplaçant. Brown accepte et « Honey » Russell ne rejoint donc

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Honey Russell

les Celtics qu’à quelques semaine du début du camp d’entrainement en n’ayant toujours pas commencé le recrutement, tous les principaux free agents ont été récupéré par les autres franchises et Russell doit bricoler pour trouver 12 joueurs. Parmi eux deux se détachent par leur talent : Connie Simmons pivot de 2m03 pour 101 kg avec de bonnes mains et Al Brightman un ailier scoreur d’1m88 pour 88kg (réputé pour avoir inscrit 70 points lors d’un match au lycée) qui réussit à convaincre Russell malgré le dédain que ce dernier éprouve pour les joueurs shootant à une main. En effet pour lui le basket doit être joué avec un style old-school avec des set-shots à deux mains. Les autres joueurs signés étant Virgil Vaughn, Bill Fenley, Mel Hirsch, Art « Speed » Spector, Michael « Red » Wallace, Tony Kappen, Johnny Simmons le grand frère de Connie, Harrold Kottman et Wyndol Gray.

Le dernier membre de l’effectif est Chuck Connors, ailier fort d’1m96 pour 86 kg, Connors a été coaché par Honey Russell à l’université de Seton Hall puis en ABL chez les Brooklyn Jewels. C’est Russell qui en a fait un défenseur redouté avec ses techniques particulières comme celle de sauter quand le pivot d’en face retombe à l’entre-deux pour l’intercepter d’un coup de poing dans les côtes et l’intimider pour le reste du match. Connors est avant tout un fan de baseball et son rêve est de jouer pour les Dodgers avant de poursuivre sa vie en tant que star à Hollywood. Dans ce but il s’entraîne à être en permanence théâtral en se comportant comme un clown, en déclamant des tragédies sur le terrain, en récitant des poèmes aux femmes dans la rue ou en allant vers les hommes de petites tailles pour leur demander « Papa? C’est toi?« . A l’armée il fit même demander une mutation à un supérieur trop autoritaire en le regardant constamment, caché derrière un tank, une statue, un coin de mur, sans jamais dire un mot juste pour l’intimider. Après l’armée il s’entraîne pour tenter d’obtenir sa place chez les Dodgers mais convaincu par la présence de Russell et les 5000$ qu’on lui offre, Connors rejoint les Celtics et sera l’âme de cette équipe, représentant autant ses bons côtés par le burlesque que les mauvais par la rudesse excessive. Dès le camp d’entrainement il cause l’ire de Russell à force d’escapades nocturnes pour courir les jupes avec Al Brightman, et en étant au cœur d’une bagarre générale avec l’équipe de hockey de Boston avec qui ils partagent le dortoir.

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Chuck Connors « The Clown Prince »

Avec cette effectif bancal entraîné d’une main de fer par un coach confondant souvent autorité et harcèlement, il n’est pas étonnant que la saison ait été catastrophique. Russell étant certainement le principal responsable, son système offensif se limitant à une seule action : l’ailier coté faible pose un écran pour permettre au pivot de prendre position au poste et de recevoir la balle pendant que les joueurs enchaînent des coupes ciseaux jusqu’à ce qu’un joueur soit ouvert ou que Connie Simmons marque au poste. Massacrant ses joueurs à chaque tir raté, ces derniers jouent sur le reculoir et l’attaque est catastrophique (60,1 pts/matchs, pire de la ligue). Loin de se remettre en question Russell les accuse même parfois de truquer les matchs tellement l’équipe joue mal. Après avoir commencé la saison par 2 victoires pour 10 défaites, Brightman en a assez de l’autoritarisme forcené et quitte l’équipe. Les joueurs s’enchaînent pour tenter de palier à son départ et finalement Russell est contraint de ravaler sa fierté pour lui envoyer par télégramme « REVIENS, JE TE DONNERAIS 1000$ DE BONUS« . Quelques menus ajustement comme la signature du superbe playmaker Butch Garfinkel des Rochester Royals en NBL et l’arrière shooteur Charlie Hoeffer obtenu à Toronto contre Red Wallace donnent de l’espoir aux Celtics d’inverser la vapeur après avoir réussi à redresser un peu la barre pour remonter à un bilan de 10-21. Mais il devient rapidement évident que Garfinkel a laissé ses meilleurs jours derrière lui et que Hoeffer perd son énergie vitale de jour en jour, perverti par les sorties nocturnes dans lesquelles Connors l’entraîne.

A la fin de la saison les Celtics affichent un bilan de 22 victoires pour 38 défaites. C’est le 3e moins bon de la ligue et ils sont éliminés des playoffs, mais les joueurs en gardent néanmoins un souvenir impérissable. Certains de ces matchs sont en effet inoubliables comme par exemple le premier match à domicile de la saison. Pendant l’échauffement, Chuck Connors brise l’un des paniers et les spectateurs doivent attendre que le staff fasse un aller-retour au Boston Garden pour chercher un autre panier, devant au passage traverser l’arène où se déroule un rodéo.

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Scissor Cuts

Pendant ce temps les joueurs jouent des trois contre trois avec le public pour les divertir. Mais le match le plus emblématique de cette saison se joue le 14 novembre 1946 contre les Saint-Louis Bombers. Les Celtics arrivent à Saint-Louis avec un bilan de 0-4 et, vexés, démarrent pied au plancher menant de 17 points dans le 2e quart-temps. Mais les Bombers reviennent à 6 points avec 30 secondes à jouer et balle à Boston. Russell appelle un temps-mort et donne pour instruction de ne simplement pas faire toucher la balle à Chuck Connors car il la perdrait à coup sûr et se mettrait à faire faute à tout-va. Pour bien s’assurer que cette fine stratégie soit bien intégrée il utilise même un deuxième et dernier temps-mort pour accentuer ses consignes de peur que ses joueurs qu’il considère idiots ne comprennent pas. Les joueurs retournent alors sur le terrain en sachant ce qu’ils ne doivent pas faire mais aucune idée de ce qu’ils doivent faire. Et alors que tout le monde se regarde personne ne va pour remettre la balle en jeu et c’est Connors qui s’y retrouve, il envoie la balle à Connie Simmons, manque sa passe et fait faute sur l’intercepteur alors qu’il marque… +3. Les joueurs paniquent et veulent appeler temps-mort alors qu’il n’y en a plus, mais l’arbitre étant un ami de Russell feint de ne pas voir. Connors s’enfuit de l’autre côté du terrain pour s’éloigner au maximum de la balle mais le joueur effectuant la remise en jeu lui envoie quand même et Connors perd la balle… avant de refaire faute sur un panier inscrit… Prolongation et les Celtics perdent le match. Russell explose, gratifiant Connors d’un habituel « You dumb bastard! » auquel Connors répond « Si je suis un abruti, tu dois l’être encore plus pour m’avoir signé« . Alors que l’équipe arrive à la gare pour rentrer à Boston, Russell est introuvable, il est rentré seul laissant les billets aux autres sauf à Connors en lui disant de se débrouiller pour rentrer et les joueurs doivent se cotiser pour payer le billet manquant. Arrivés à leur correspondance à Buffalo, une tempête de neige les retient sur place et ils décident donc d’aller dans un bar, les verres s’enchaînent les uns après les autres et Connors se retrouve à faire du rodéo sur la statue de taureau de la gare, emblème de la ville. Evidemment il tombe, évidemment

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Statue de la gare de Buffalo

il se retient à la queue et la brise, les joueurs sont hilares et font des blagues graveleuses sur la ressemblance du morceau brisé avec le sexe du joueur de Chicago Max Zaslofsky, décidant de lui envoyer par la poste. Mais la police intervient, les escorte au train pour s’assurer qu’ils quittent la ville et envoie la facture à Walter Brown. C’est ce genre d’anecdotes qui fait des Celtics une équipe unique lors de cette première saison.

STATISTIQUES SUR LA SAISON

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John Wayne en complet veston et Chuck Connors en blouson basket.

Chuck Connors aura fait rire tous ses coéquipiers et adversaires pendant la saison, comme quand il demandera à son défenseur de ne surtout pas faire faute car il est encore moins bon tireur de lancer que dans le reste du jeu. Mais pour lui le basket n’est qu’un moyen de rester en forme avant la saison de baseball et cette saison fut sa dernière dans le basket professionnel. Il réussira à atteindre tous ses objectifs, continuant le baseball et parvenant à participer à un match avec les Dodgers avant de percer à Hollywood avec le film Pat and Mike en 1952. Il connaîtra même une assez bonne carrière, partageant parfois l’écran avec des acteurs comme John Wayne ou Burt Lancaster. Il reste principalement dans les mémoires pour son rôle principal dans la série « L’Homme à la carabine » (« The Rifleman » titre original) diffusée entre 1958 et 1963. Aucun joueur de l’effectif ne restera plus de 2 ou 3 saisons en NBA à l’exception de Connie Simmons qui sera un joueur majeur des premières années de la ligue. Il remportera le titre avec les Baltimore Bullets en 1948 avant de devenir un des leaders des Knicks du début des années 50 participant à trois finales. Honey Russell restera une saison de plus avec l’équipe avant de retourner entraîner Seton Hall.

A l’image de ce qu’était la ligue à ses début, les Celtics ont débuté dans des conditions précaires. Une des pires équipes en terme de qualité de jeu mais une des plus divertissantes, malgré qu’ils n’aient attiré en moyenne que 1682 spectateurs par match pour une perte de 200,000$ sur la saison. Leur survie ne tiendra qu’à l’attachement que Walter A. Brown aura développé au fur et à mesure pour cette équipe, sa détermination à la faire perdurer servant de clef de voûte à dynastie des années 1950 et 1960.

Cette série d’article est largement inspirée du livre « The First Tip-Off » de Charley Rosen

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