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[A lire] Shea Serrano, par humour du basket-ball

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Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Une collection de questions posées, résolues et illustrées : voila ce que promet Shea Serrano dans son sous-titre. Disponible uniquement en anglais, Basketball (and Other Things) ne manque pas d’originalité avec le parti pris d’assumer un fort penchant subjectif et humoristique. Retour sur un livre très personnel qui confond nostalgie et culture basket.

Une vraie plume, une culture basket surdéveloppée et un bon sens de l’analyse : Shea Serrano fait partie de cette génération de journalistes ayant émergé derrière la figure de Bill Simmons. De Grantland à The Ringer, il s’est fait connaître pour son style d’écriture teinté de beaucoup d’humour et d’ironie. Il assume sa subjectivité de fan, avec tous les excès d’adoration et de détestation que cela implique. Les analyses qu’il produit ne sont jamais seulement factuelles, ce ne sont pas des démonstrations chiffrées et statistiques : elles sont colorées, vivantes et nostalgiques. Mais pas nécessairement moins pertinente.

Dans son introduction, Shea Serrano considère qu’apprendre des choses sur le basket « n’est pas le but du livre ». Non, il a préféré user des 250 pages qu’il nous offre pour traiter de 24 sujets. 24 questions qu’il se pose qui mériteraient presque un livre chacune, mais le but n’est pas de donner une réponse la plus exhaustive possible à chaque fois. C’est un livre qui s’inscrit au coeur de débats qui ont ou n’ont pas lieu, un livre pour les fans par les fans. Qui est le meilleur dunkeur ? Qui aurait gagné le un contre un entre Hakeem Olajuwon et Shaquille O’Neal qui n’eut finalement jamais lieu ? Qui de Allen Iverson ou Dwyane Wade mérite la plus grande place dans l’histoire du basket ? Le tout traité avec des pointes d’humour variées qui lui permettent de traiter Scottie Pippen de « SON OF A BITCH », ou d’abuser de notes de bas de pages pour rappeler au lecteur qu’il n’y a pas de débat, c’est Michael Jordan le meilleur joueur de l’histoire. L’humour est notamment utilisé quand Shea Serrano souhaite donner un point de vue sans détour, et sans avoir à l’expliquer outre-mesure. Parce que ce n’est pas le sujet, parce que c’est secondaire, parce qu’il estime que le débat n’aurait pas la place dans son livre. Peu importe, au fond, et on peut parfois regretter qu’il esquive certains points de la sorte.

Pour autant, ce livre n’est pas un égo-trip d’un fan qui a voulu diffuser ses idées. Avant de répondre aux questions, il prend systématiquement le temps de définir les critères qu’il prend en compte. Et au final, c’est en cela qu’il est le plus subjectif. Sa définition du sujet nous permet non pas de connaître son point de vue, mais de le comprendre. Le chapitre sur le meilleur dunkeur est assez révélateur de la manière dont est construit ce livre. Il cite Julius Erving comme étant le plus grand artiste, Dominique Wilkins le plus agressif au cercle, ou encore Shaq pour sa facilité à dunker. Une fois cela dit, il cite sans détour son choix pour ce titre symbolique : Vince Carter. S’ensuit une digression sur son rapport personnel au dunk avant de revenir sur les moments formidables qu’Air Canada a pu nous faire vivre.

L’HUMOUR AU SERVICE DES IDEES, UN PARTI PRIS A DOUBLE TRANCHANT

Un élément fort de ce livre est son oralité. Chaque chapitre pourrait être une chronique ou le texte d’un narrateur de documentaire. Il oublie volontairement des noms pour revenir et compléter son argument, abuse des notes de bas de page pour valider ou non son texte initial, écrit des phrases complètes en majuscule comme pour s’assurer que tout le monde a bien entendu sa blague … S’il n’abuse pas des blagues sur des sujets traités de manière à peu près sérieuse, certains passages sont de réels défouloirs.

L’une des questions qu’il se pose est de savoir comment les joueurs vivraient une situation à la American Nightmareun film dystopique où, chaque année, une nuit sans loi est organisée aux Etats-Unis. Shea Serrano reprend ce concept et estime le temps de survie de joueurs en fonction de leur caractère. Il ne donne pas plus de deux heures à Stephen Curry, Tracy McGrady, Vince Carter ou encore à l’équipe 2001-2002 de Sacramento. En revanche, il place Vernon Maxwell à la tête d’un groupe d’anarchistes, qui seraient de véritables tueurs durant cette nuit sans loi, groupe auquel appartiendraient évidemment Matt Barnes, Bruce Bowen ou encore Metta World Peace. De manière assez surréaliste, on suit l’auteur dans son déilre. Même sans connaître le film, on s’amuse du comportement qu’il prête aux joueurs dans un véritable jeu de rôles. Il prend parfois le temps de justifier ses dires, mais là n’est pas l’essentiel. Il s’adresse à des véritables fans de basket, donnant envie de réagir, d’ajouter ou de déplacer les noms qu’il cite.

C’est pour ce genre de chapitres que ce livre sort véritablement de l’ordinaire : par plaisir de rappeler quelques faits ou traits de personnalités de joueurs qu’il a aimé regarder, Shea Serrano se permet d’écrire 6 pages sur un sombre délire. C’est comme cela qu’il faut comprendre le livre. Shea Serrano se fait plaisir, et fait plaisir aux fans partageant ses références. Il y a un manque de technicité, mais il est clair que l’auteur veut nous amener à penser différemment en faisant preuve d’originalité à chaque fois qu’il aborde un nouveau sujet. Certaines digressions ne nous apprennent rien d’autre qu’à mieux connaître l’auteur et nourrissent un texte très varié, très nerveux. Ça en fait une lecture légère, fun, que Barack Obama a conseillé à ses abonnés facebook. Le tout est bien servi par des illustrations de qualité

Le résultat est assez décousu, le lecteur n’est jamais à l’abri de lire un paragraphe complet sur les tortues ninjas au milieu du récit. Mais force est de constater que le tout est très bien écrit. On aurait du mal à imaginer ce style très oral en français, mais la lecture est de ce fait très accessible pour un ouvrage anglophone. Le parti pris subjectif justifie généralement les moments où Serrano se permet de passer très vite sur les sujets qu’il ne veut pas aborder. Bien sûr, cela ne plaira pas à tout le monde, et ce n’est d’ailleurs pas le but de l’auteur. Le côté parfois absurde, parfois trashtalker nous éloigne du fond et c’est souvent bien dommage, car les idées sont souvent bonnes et il ne manquait pas grand chose pour en faire un ouvrage réellement incontournable.

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About Antoine Abolivier (79 Articles)
Tombé dans le basket en découvrant Tony Parker et Boris Diaw. Passionné par tout ce qui touche à son histoire que ce soit le jeu, la culture ou les institutions. Présent sur twitter, @AAbolivier

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