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ITW Lucas Saïdi : La révolution Mike D’Antoni dans l’intimité des Suns

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Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Retro

Particulièrement connue en France pour le titre de MIP de Boris Diaw, la saison 2005-2006 des Suns est restée mythique à bien des égards. Jack McCallum, journaliste au plus près de cette équipe durant toute cette année là, nous a gratifié d’un livre fameux, Seven second or less. Plus de 10 ans après sa sortie, c’est Lucas Saïdi qui a publié sa traduction aux éditions Mareuil. L’occasion pour nous d’en savoir plus sur le métier de traducteur, et surtout sur les Suns de Mike D’Antoni et leur impact sur la ligue actuelle. 

BasketRetro : Avant toute chose, quel fan de basket es-tu ?

Lucas Saïdi : Cela fait une dizaine d’années que j’écris sur le basket, que ce soit truenba au début, unlimited nba, basket-infos et le podcast L’écho des parquets depuis plusieurs années maitnenant. Je suis un fan de basket depuis longtemps, j’ai entraîné des équipes de jeunes, et je suis un fan des Suns depuis l’époque justement décrite dans ce livre.

BR : Le choix de ce livre a donc été assez évident ?

LS : Après le livre sur Jordan qu’on a publié l’année dernière, j’ai proposé à mon éditeur une liste de titres que j’aurais bien aimé voir traduits et qui ont du potentiel selon moi, et c’est lui qui a choisi le livre sur les Suns parmi cette liste.

BR : Tu avais traduit The Jordan Rules l’année dernière. Ici c’est encore un livre publié par un journaliste qui a passé une saison complète auprès d’une équipe. C’est une démarche qui te plaît particulièrement ?

LS : Disons que c’est un peu différent, dans la mesure où Sam Smith, qui a écrit le livre sur Jordan, était un journaliste qui avait une accréditation presse, là McCallum avait une accréditation entraîneur. Il était bien plus proche de l’équipe, à un degrés qui n’avait probablement jamais été vu dans le journalisme à ce moment là. Mais effectivement, c’est quelque chose qui m’intéresse. Les livres au contact de l’équipe ont une dimension plus authentique, un rapport qui est plus proche, plus d’anecdotes. Et puis, surtout, il y a quelque chose de fondamentalement plus humain. On se rend compte qu’au delà des résultats, il y a des histoires. Cela s’y prête pour un livre divisé en chapitres parce que cela permet d’avoir des personnages, comme dans une pièce de théâtre, avec chacun ses facettes, sa personnalité, son rôle à jouer.

« McCallum décrit comment cette révolution-basket du tout pour l’attaque a été amenée »

BR : Le premier élément qui ressort quand on a fini de lire ce livre, c’est qu’on a l’impression de connaître les personnes. Boris Diaw n’est plus simplement un joueur qui a mis 13 points par match …

Eddie House, meneur remplaçant de Nash, 9.8 points par match cette saison là.

LS : Oui, il y avait eu de très bons articles écrits sur cette saison là, et sur Boris Diaw particulièrement. Il avait été élu MIP parce qu’au niveau du basket il faisait des choses assez folles, il a gagné sa place petit à petit dans l’équipe et il jouait à absolument tous les postes. C’est quelque chose qui au final n’existe pas dans le livre, qui parle de Boris Diaw au-delà du basketteur, et ça s’y prête énormément. Et à part quelques joueurs qui sont parfois nécessaires de présenter, ce qui est le plus intéressant c’est leurs personnalités. Un mec comme Eddie House c’est un basketteur assez peu intéressant. Tu lis le livre, ça a l’air d’être un mec absolument hilarant avec qui tu as envie de passer tes journées.

BR : Mais au-delà des personnages, ce qui fait aussi l’intérêt de ce livre est le fait que la saison des Suns a été absolument majeure dans l’histoire du basket moderne.

LS : Tout à fait, il consacre des grandes parties de son livre où il décrit comment cette révolution-basket, parce que l’on peut réellement parler de révolution, a été amenée. Il est arrivé que des équipes jouent le tout pour l’attaque, mais sans réellement penser pourquoi et le réfléchir en terme de philosophie de jeu et d’état d’esprit. Ça a entraîné beaucoup de choses derrière parce que des équipes s’en sont inspirées parce que c’était un basket qui pouvait faire gagner. Ça tranchait beaucoup avec le basket d’alors qui était beaucoup influencé par Phil Jackson. Parce que, dans le fond, le basket qu’on veut copier c’est le basket qui gagne. Les équipes qui avaient eu du succès c’étaient les Bulls de Phil Jackson, les Lakers de Phil Jackson, qui étaient des équipes jouant dans des cadres très strict, avec très peu de libertés. Le fait de jouer un basket qui était aux antipodes de ça, un basket tout-terrain plutôt qu’un basket demi-terrain, un basket de créativité plutôt qu’un basket de tableau noir, et ça a donné quelque chose qui marchait. Et à partir de là, les gens se sont de plus en plus inspirés de ce que faisait D’Antoni. Ça a été la même chose avec la défense dans les années 2010 où tout le monde a essayé de copier ce que faisait Thibodeau (NDLR : assistant spécialiste de la défense aux Celtics lors du titre en 2008), et il y a eu quelque chose qui est arrivé et qui a fait sauter cette défense. C’est de l’ordre de la tendance. Mais le fait est que la tendance lancée par D’Antoni il y a plus de 10 ans est quelque chose qui perdure aujourd’hui, donc ça a eu un impact majeur sur le sport en général.

BR : Tu dis que c’est une tendance qui fait gagner des matchs. En saison ça ne fait pas de doutes, mais en 10 ans quels titres ont été gagnés par D’Antoni et ceux qui s’en sont directement inspirés ?

LS : Je pense que les titres des Warriors sont totalement inspirés de ce style de jeu. Tout ce que Steve Kerr a fait est profondément inspiré par le projet de jeu de D’Antoni, à la différence que chez Kerr c’est quelque chose de plus structuré, d’encore plus pensé. Et, surtout, Steve Kerr est quelqu’un qui est prêt à faire des concessions sur son projet de jeu. D’Antoni, on le sent vraiment dans le livre, c’est quelqu’un qui, à partir du moment où ça ne fonctionne pas il va se dire « OK, mon plan de jeu il est bon mais on ne le fait pas assez bien ». Il considère que si il est joué à la perfection, il ne peut pas perdre, ce qui n’est pas foncièrement faux, mais très difficile. Steve Kerr part du principe que tant que son équipe joue son jeu, elle va gagner, mais que ça ne suffit pas en toutes circonstances. Les Warriors d’avant Kevin Durant c’était leur problème, ils jouaient très bien mais il y avait toujours un moment où ils relâchaient la pression et ils se prenaient des écarts de 15 points. Le problème chez D’Antoni, c’est que dès que son équipe se déconcentre elle prend des écarts. Et outre cela, le problème de D’Antoni c’est la gestion des temps de jeu. Il n’a jamais vraiment assimilé le fait qu’il faut une rotation avec beaucoup de joueurs pour reposer ses joueurs majeurs. Ce problème qu’il a eu avec Steve Nash qui était toujours rincé à la fin des playoffs, il l’a eu l’année dernière avec James Harden. Il n’a absolument pas retenu de ses erreurs.

BR : Cela dit, on peut considérer que D’Antoni a toujours eu ce qui se faisait de mieux sur le poste 1. Nash à l’époque, Harden et Chris Paul actuellement. Dans quelle mesure peut-on jouer son fameux run&gun sans avoir de tels talents dans l’effectif ?

LS : Ce qui est intéressant c’est de voir les autres équipes que D’Antoni a eu sous la main, et particulièrement l’équipe de New York. Il a toujours essayé de reproduire le même schéma. Le truc avec son système de jeu c’est qu’il pousse tout à l’excès. Les talents de passeur et de shooteur de Nash ont été poussé à l’excès, il était un passeur et shooteur génial. Mais le fait qu’il soit un peu à l’ouest en défense va être poussé à l’excès aussi. Pareil pour Stoudemire qui était un monstre en attaque et sur pick&roll et une burne en défense, ça a été poussé à l’extrême. C’est ce qui s’est passé dans ses équipes de New York quand il n’a pas eu de tel meneur sous la main. Chris Duhon par exemple, il n’était pas un mauvais passeur. Et il faisait des cartons à la passe quand il était avec D’Antoni, il a battu le record de l’histoire des Knicks sur un match. Par contre Chris Duhon c’est un mec qui a une sélection de tirs de merde, et quand il était à New York il avait des mauvais pourcentages de réussite au shoot. Jérémy Lin pareil, il était un très bon joueur en pénétration, avec D’Antoni il a été au sommet de sa carrière à ce niveau. Par contre il perdait le ballon à un rythme absolument affolant. Le système de D’Antoni c’est un peu ça, même s’il a un meneur qui n’est pas forcément très bon, il va pouvoir tirer le maximum de lui parce que le système pousse tout à l’excès pour le porteur de balle.

BR : Il y a un côté romantique dans le système que tu décris, à la fois sans concessions et capable de tirer le maximum de chacun.

LS : C’est ça, c’est romantique dans l’idée du mec qui va mourir avec ses idées. Quand les Rockets l’année dernière perdent le dernier match contre les Spurs en playoffs, il se prennent un écart gigantesque à la mi-temps. Quand ils reviennent des vestiaires, Harden et D’Antoni sont assis tous les deux sur le banc. D’Antoni se dit juste c’est pas grave, on va continuer ce qu’on a fait, juste on l’a pas fait assez bien et c’est comme ça qu’on peut gagner.

BR : Pour revenir un peu plus sur le livre, D’Antoni a eu cette chance, ou ce talent, de se constituer un staff toujours très soudé autour de lui et de son plan de jeu. C’est fondamental pour lui ?

LS : Je pense que oui. Il faut avoir l’adhésion du staff et des joueurs aussi, c’est ça qui explique par exemple l’échec à Los Angeles où il a eu des joueurs qui étaient très qualifiés pour le rôle qu’il leur demandait, mais il n’a pas eu leur adhésion. Je pense notamment à Pau Gasol, dont il voulait faire un joueur quasiment exclusivement passeur, mais ça n’a pas été accepté. À partir du moment où les joueurs ou les assistants doutent de ce qu’il fait, ça ne marche pas. Les assistants qu’il a eu à cette époque n’ont pas été des mecs qui ont eu beaucoup de succès par la suite, mais ils étaient très importants pour lui, parce que c’étaient des mecs qui croyaient en ce que D’Antoni proposait, et qui proposaient des retouches. Sans eux il n’y aurait pas eu le même succès.

BR : C’est au début du livre que McCallum décrit la vie de groupe des assistants, on les voit se chambrer notamment …

LS : Oui, pour le coup je ne sais pas si c’est quelque chose qui existe dans les autres équipes, quand on voit d’autres livres où on parle de l’entraîneur et de ses assistants, on n’a pas l’impression qu’il y a une telle proximité. Comme le décrit Iavaroni, quand il était avec Pat Riley, il n’y avait que Stan Van Gundy, premier assistant, qui avait le droit de faire des suggestions au coach. Une telle connivence entre les coachs et une structure presque horizontale à ce niveau là c’est sans doute assez rare.

BR : Et c’est une relation qui se prolonge presque avec les joueurs, je pense notamment à Steve Nash qui est beaucoup plus qu’un joueur dans cette équipe.

LS : Steve Nash suggérait des choses et était écouté par l’entraîneur. Après il n’y a pas beaucoup de joueurs à avoir les connaissances pour parler ainsi à l’entraîneur, ça a pu arriver avec Rajon Rondo à Boston , mais beaucoup de meneurs ne le font pas, même des très bons. James Harden ne le fait jamais. Dans le chapitre consacré à Steve Nash, il explique lui-même quelles sont ses forces, ses faiblesses, l’évolution du poste de meneur de jeu, qu’est ce qui fait un bon meneur … Le mec a une lucidité, et un recul sur ce qu’il fait, qui est quand même assez prodigieuse ! D’autres joueurs sont bons juste parce qu’ils sont bons, sans savoir pourquoi. Nash est capable d’avoir un œil extérieur pour expliquer ses performances, je vais pas dire que c’est unique mais c’est extrêmement rare.

BR : Sur basketretro on aime bien faire des classements, le moment est venu. Comment placerais-tu Nash dans la hiérarchie des meilleurs meneurs de l’histoire ?

LS : Je pense qu’il est dans le premier panier, toutes époques confondues, avec Magic, Stockton, Jason Kidd, Oscar Robertson et peut être Bob Cousy. Et je pense que derrière il y a des mecs comme Isiah Thomas et Gary Payton. Mais Nash me semble au dessus dans le sens où toutes les équipes dont il a été le meneur ont été les meilleures attaques de la NBA ou presque. Et quasiment toutes ces équipes ont été parmi les meilleures attaques de l’histoire de la NBA. C’est à dire que contrairement à un Kidd ou un Magic qui ont un impact dans différents secteurs du jeu, Nash a un impact dans le seul secteur offensif. Par contre c’est sans égal dans l’histoire du basket. À partir de ce moment là, sa présence parmi les tous meilleurs de l’histoire est difficilement contestable.

« Ce qui m’importe est d’écrire, peu importe que ce soit mon texte ou celui de quelqu’un d’autre »

Comment est ce que tu es venu à la traduction du basket ?

LS : Comme j’expliquais au début, je suis quelqu’un qui a beaucoup écrit sur le basket. Je me suis rendu compte que ce qui m’importe est d’écrire, peu importe que ce soit mon texte ou celui de quelqu’un d’autre. Juste écrire et partager des idées ou des parcours que je trouvais importantes. Je me suis dit que The Jordan Rules était un livre qui était important parce que je pense qu’il a profondément influencé le journalisme sportif, la manière dont on voit le basket et ses stars. Donc c’était important de donner la possibilité aux gens de lire ce livre qui m’avait moi-même aidé à mieux comprendre le basket. Le livre de McCallum est un incontournable dans ce genre aussi, moi je prend du plaisir à écrire, et je continuerai tant que ça m’amusera.

BR : Tu dis, en gros, peu importe que ce soit toi qui l’écrive ou que tu réécrives « simplement ». Mais à quel point le métier de traducteur est un travail d’écriture, est ce que tu as des libertés dans la retranscription par exemple ?

LS : Le principe est que Jack McCallum et Sam Smith sont les auteurs des livres, moi je suis l’auteur de leurs traductions. Le terme d’auteur de la traduction est important parce que même si l’essence du texte est de McCallum, dans le texte français, tous les mots qui sont là sont les miens. McCallum est un mec qui a un style, je ne peux clairement pas prendre trop de libertés, ça reste son livre. Pour un auteur comme ça c’est assez simple parce que c’est quelqu’un qui a une vraie plume, un vrai style. Un style que j’apprécie en plus, donc que je n’ai aucune difficulté à reproduire. Pour Sam Smith, qui a un style beaucoup plus scolaire, beaucoup plus américain, il y a quelques moments où il faut enrichir un peu. Ce style littéraire passe très bien aux Etats-Unis parce que les gens sont habitués, pour un lectorat français, ça ne passe pas. McCallum est quelqu’un qui est beaucoup plus influencé par les auteurs européens, donc je n’ai pas eu besoin de retravailler beaucoup.

BR : Il est maintenant l’heure pour nous de te laisser le mot de la fin pour conclure cette interview …

LS : Ben … Lisez le livre ! C’est un livre qui est vraiment chouette parce que les personnages qui sont dedans sont vraiment chouettes. Je pense que même si on n’aime pas le basket, on aime les gens qui sont dans ce livre car ce sont des personnages profondément humains et profondément drôles pour la plupart. Tout en étant un excellent livre de basket.

Merci à Lucas pour ses réponses. A noter qu’une interview de son éditeur, Louis de Mareuil, suivra celle-ci, s’intéressant notamment au métier d’éditeur sur ce marché concurrentiel du livre de sport. 

Propos recueillis par Antoine Abolivier.

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About Antoine Abolivier (81 Articles)
Tombé dans le basket en découvrant Tony Parker et Boris Diaw. Passionné par tout ce qui touche à son histoire que ce soit le jeu, la culture ou les institutions. Présent sur twitter, @AAbolivier

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