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[Histoire] J.O 1936, La naissance du basketball international

Récompense ultime pour une discipline, l’intégration au programme olympique est aussi une question politique et institutionnelle. Et si aujourd’hui les sports ont tendance à s’internationaliser et à se fédérer très rapidement dans leur existence, les JO ont été un élément fondamental dans la mise en place d’un basket international.

La première officielle du basket aux Jeux Olympiques date de la tristement célèbre compétition de 1936, marquée par l’organisation de l’Allemagne nazie. Factuellement, la première du basket aux JO remonte à l’édition de 1904, avec un statut de « sport de démonstration ». Une compétition multi-sport non officielle se tenait ainsi en marge des Jeux jusqu’à l’édition de 1992. Les Jeux de Saint-Louis ont présenté le basket-ball de la sorte, ainsi que le Football Américain, le Football Gaélique et le Hurling.

Affiche JO 36Mais c’est en 1936, aux JO de Berlin, que la balle orange fit son apparition au programme officiel pour ne jamais en sortir. Le succès grandissant en Europe a poussé le CIO à s’y intéresser dès 1930, alors que les institutions internationales du basket n’avaient aucune autonomie. Malgré les efforts des américains pour créer une instance internationale, le basket a été sous tutelles de la fédération internationale d’athlétisme puis de handball jusque 1934. Officiellement créée en 1932, la FIBA a ensuite pu candidater pour l’intégration aux JO.

Le basket s’est, il faut bien l’admettre, développé tardivement à grande échelle. Déjà présent en France depuis 1893 et dans divers pays de manière souvent anecdotique, c’est pendant la Grande Guerre que l’Europe a vraiment découvert ce «sport de balle à main ». Les jeux interalliés de 1919 ont été un premier moment du basket international, mais furent organisés sous l’égide militaire. Durant toutes les années 1920, les quelques rencontres entre équipes étrangères se sont déroulées de manière purement exceptionnelles, ponctuelles. Par exemple, le premier match de l’Espagne contre l’Argentine fut une défaite de 60 points. À la décharge de nos voisins, ils étaient habitués à jouer à 7 sans remplaçant, et ont accepté de s’adapter aux règles plus communes utilisées par les argentins. Mais rien n’était vraiment officiel, ni les règles, ni le match.

1924 – 1932 : DEBATS INSTITUTIONNELS, LUTTES DE POUVOIR

Les premiers à avoir émis le souhait de la constitution de la FIBA sont des français. La Fédération Française d’Athlétisme régissait alors le basket dans le pays. Le président de la commission basket Jean Belanger a demandé en 1924 à ce que son sport soit reconnu par les instances olympiques, souhaitant l’appui des basketteurs du monde entier. Il souhaitait alors que l’objectif commun rende possible aux organismes nationaux de se regrouper en une fédération internationale. Le projet a été plus amplement porté par une commission franco-américaine, mais sans succès.

La première véritable étape d’indépendance du basket-ball date de 1926. La Fédération Internationale d’Athlétisme avait alors demandé à ce que les « sports de balle à la main » se constituent en une fédération, acceptant de fait d’abandonner la tutelle qu’elle détenait. Les sports désignés par cette appellation étaient le basket-ball, le volley-ball et le handball. La Fédération Internationale de Handball apparut la première, en 1928. Cette fédération eut également un mandat de 6 ans sur le basket-ball, pour qui cela revenait à un simple changement de direction. Mais l’idée se précisait. Et il devenait nécessaire d’uniformiser les règles, de soutenir l’émancipation des fédérations nationales et de les réunir pour permettre au sport de continuer sa progression à l’échelle mondiale. En France, la FFA est devenue la FFABB en 1929, mais ce changement cosmétique n’était pas suivi de grandes conséquences.

L’idée refit surface le 11 mai 1930, lors d’un match Italie-Suisse. Renato William Jones, représentant de la fédération suisse, rencontra à cette occasion Aldo Nardi, président de la fédération italienne. En discutant, ils conclurent qu’il fallait rejeter la tutelle de la fédération de handball sous laquelle leur sport avait été placé. Ils initièrent alors une réunion ouverte à tous les pays où le basket-ball était pratiqué, mais la présence d’à peine 3 nations, en plus de l’Italie et de la Suisse, marqua l’échec de cette tentative.

L’institution de la FIBA que nous connaissons est finalement venue de la Suisse. Les helvètes avaient découvert le basket en 1927, notamment par l’intermédiaire de Renato William Jones, un grand voyageur et ambassadeur de la balle orange. Celui qui sera secrétaire général de la FIBA pendant 44 ans a joué quelques années à Genève à partir de la fin des années 1920, y demeurant ensuite.

statuts FIBA

LA CRÉATION DE LA FIBA, UNE FIN ET UN NOUVEAU DÉPART

Le CIO avait reconnu l’existence du basket-ball en 1930 sans que son inscription au programme officiel de Berlin ne soit entérinée. Les premiers statuts de la FIBA furent écrits 2 ans plus tard, malgré la tutelle toujours effective des handballeurs jusque 1934. Le suisse Léon Bouffard devint le président de l’institution créée par huit pays : l’Argentine, la Grèce, l’Italie, la Lettonie, le Portugal, la Roumanie, la Suisse et la Tchécoslovaquie. Les premières règles officielles, toujours basées sur les 13 préceptes de Naismith, ont alors été définies en vue de proposer un sport cohérent au CIO, mettant fin aux diverses exceptions nationales. Elles ont été en faveur d’un jeu offensif, intégrant notamment l’interdiction du retour en zone et la règle des 10 secondes pour ressortir la balle de sa moitié de terrain (temps aujourd’hui réduit à 8 secondes). Et la très caractéristique interdiction française de la prise à deux sur le porteur de balle a de ce fait été abandonnée lors de son adhésion en 1934. Les USA ont adhéré à la FIBA en 1934, mais le fonctionnement des ligues privées leur permet de jouer selon leurs règles encore aujourd’hui. Autre grand pays de basket, l’union soviétique posa 3 conditions sine qua non pour accepter de rejoindre la FIBA. La première, faire du russe la langue officielle, et la seconde, la présence de dirigeants soviétiques dans les organismes officiels, n’ont pas posé de problème en 1934. C’est la volonté des russes d’évincer toutes les nations fascistes qui repoussa son intégration à 1948, l’URSS faisant du même coup une croix sur les JO 1936 et 1948.

Souhaitant éviter de faire des JO une première, avec tous les inconvénients que cela comporte, la FIBA a testé une compétition à l’échelle européenne, qui devinrent les championnats d’Europe récurrents que l’on connaît. Cet euro ne fut pas la première compétition internationale de basket, mais la première gérée par une fédération internationale. À l’image des jeux interalliés de 1919, divers organismes avaient déjà initié une compétition. En 1913, les Philippines avaient ainsi remporté le premier tournoi international de basket dans une compétition asiatique. En devançant le Brésil, l’Argentine et le Chili, c’est l’Uruguay qui a remporté le titre sud-américain. Mais les initiatives étaient différentes.

Constatant ces progrès, le CIO a fini par accepter d’intégrer les basketteurs aux Jeux Olympiques en 1936. Renato William Jones lui-même avait joué en Allemagne quelques années avant et a participé activement à l’acceptation par les instances olympiques. En retard sur ses voisins, le premier club de basket allemand ne fut fondé qu’en 1932 par Hermann Niebuhr, forte personnalité qui a elle aussi fortement contribué à l’inscription de son sport au programme officiel. Comme pour joindre le jeu et à son institutionnalisation, c’est le président honoraire de la FIBA James Naismith qui donna le coup d’envoi de France-Lettonie le 7 août 1936, pour le premier match de basket de l’histoire des Jeux. Les USA ont remporté la compétition devant le Canada et le Mexique, annonçant la domination du basket-ball américain. En 18 éditions, seul l’URSS par deux fois, l’Argentine et la Yougoslavie ont endigué la domination des États-Unis.

UN RETARD FORCE ET SUBI POUR LE BASKET FÉMININ

Pratiqué presque aussi tôt par des femmes que par des hommes, elles n’ont eu leur place aux Jeux qu’à partir de 1976. On ne peut pourtant pas accuser ce sport de machisme par nature : dès 1892, des matchs féminins ont été organisés à Springfield. James Naismith a d’ailleurs épousé une de ses élèves. « Il faut dire que la tenue des apprenties basketteuses était particulièrement seyante : jupe courte et corsage aux manches », note Jean Raynal dans la fabuleuse histoire du basket-ball.

En 1934, la FIBA a pris les pleins pouvoirs sur le basket-ball masculin. Mais le basket féminin était déjà régit par une fédération internationale du sport féminin. Et, sur le plan national, par la Fédération Féminine Sportive de France. Après avoir mis en place des Jeux d’Europe, cette fédération internationale organisa des Jeux Mondiaux féminins en 1934 avec notamment du basket au programme. La France a remporté les deux compétitions, disposant notamment des Etats-Unis lors de la seconde finale, devenant la première nation championne du monde, titre jamais reconnu par la FIBA. Lucienne Velu, capitaine de l’équipe et plus grande joueuse avec ses 1,77m, était aussi recordwoman de France du lancer de poids et de disque …

C’est en 1936 que la FFBB et la FIBA reprirent aux fédérations féminines les mandats qu’elles détenaient. Un premier euro s’organisa ainsi en 1938, et des championnats du monde en 1953, mais elles durent attendre 1976 pour prendre part aux JO. La FIBA était dirigée par des hommes peu intéressés par le basket féminin, ce qui a été source de revendications : en 1953, Lynn Mettler avait demandé, en vain, que la pratique et les règles puissent être régies par une commission exclusivement féminine. C’est notamment pour cela qu’à l’inverse du volley féminin, pour lequel les filets sont 19 centimètres plus bas pour les femmes que pour les hommes, les paniers se situent à la même hauteur en basket.

POUR ALLER PLUS LOIN :

  • http://www.fiba.com/fr/history
  • La fabuleuse histoire du basket-ball, Jean Raynal.
  • « Une histoire du basket français », tome 1, Gérard Bosc.
  • « Géants, Toute l’histoire du basket-ball », Philippe Cazaban, Daniel Champsaur.
  • « Les Jeux interalliés de 1919 », de Thierry Terret.

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

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About Antoine Abolivier (81 Articles)
Tombé dans le basket en découvrant Tony Parker et Boris Diaw. Passionné par tout ce qui touche à son histoire que ce soit le jeu, la culture ou les institutions. Présent sur twitter, @AAbolivier

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