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Barack Obama, un Président basketteur

Culture

Dans quelques mois Barack Obama quittera définitivement la Maison Blanche. Economistes, experts en géopolitique et autres analystes spécialistes de la spécialité se déchireront sur son bilan. Une communauté regrettera pourtant unanimement son départ : celle des amoureux de la balle orange.

Barack Obama n’est pas un basketix. Il n’a pas ressorti opportunément quelques photos de vagues participations à des matchs scolaires uniquement pour séduire quelques électeurs sportifs. Lui qui a eu son premier ballon des mains de son père en 1971, n’a jamais atteint un niveau de jeu extraordinaire au collège ou en université même si les vidéos montrent qu’il a une gestuelle de vrai pratiquant. Il est donc comme la plupart d’entre nous les fans de basket, un joueur lambda qui vibre aux exploits des autres.

Là on ne rigole pas, on joue. © Pete Souza / White House.

Là on ne rigole pas, on joue. © Pete Souza / White House.

Dribble, shoot, placement en défense sur l’homme, sens de la passe… Il maîtrise. Gaucher, Barack est incapable de partir sur la droite. Il dribble trop également, mais il a la ruse et le vice du vieux briscard du dimanche matin. Il aurait sa place dans une bonne équipe d’anciens, sans plus. Mais au-delà de son niveau de jeu, le 44e président de la plus grande puissance mondiale est avant tout un passionné, un vrai connaisseur. Tous les journalistes basket qui l’ont côtoyé l’affirment : Mister President connaît le jeu. Il suit vraiment la NCAA et la NBA et ses analyses sont pertinentes. Les deux mandats Obama ont d’ailleurs été marquées par un marronnier de printemps, son bracket de la March Madness proposé par ESPN. Si au début ses opposants saisissaient la balle au bond pour asséner la critique : « Comme si un président n’avait que ça à faire », on a pu sourire plus récemment en voyant le candidat aux primaires républicaines, Marco Rubio, remplir le sien, (foot US),  devant les caméras.

La cérémonie annuelle du Bracket Présidentiel © Chuck Kennedy / White House

La cérémonie annuelle du Bracket Présidentiel © Chuck Kennedy / White House

Le président est donc un fan de basket comme il y en a des millions sur le sol américain et l’anecdote pourrait s’arrêter là. Seulement, son rapport à ce sport et l’utilisation qu’il en fait vont bien plus loin que celui d’un petit gadget com’ agité de temps en temps pour donner l’image d’un jeune homme d’Etat sportif.

Avant même son élection, durant la campagne 2008, Obama s’est souvent montré sous un panneau de basket, que ce soit sur playground au béton fissuré d’un quartier ou sur le parquet lustré de la prestigieuse UNC. Dans cette image du jeune politique sportif, sa concurrente Hillary Clinton aux primaires puis John McCain pendant la confrontation finale ne pouvaient rivaliser. Il ne souciait pas que ce goût pour la balle orange puisse être interprété comme une revendication trop identitaire. Il voulait se dévoiler en fan de basket parce qu’il était fan de basket.

Obama ne peut se servir du basket comme un élément de com’ consensuel car le basket est clivant.

Une fois élu la décision du nouvel occupant du bureau ovale d’installer des panneaux de basket sur le court de tennis de la Maison Blanche n’était pas qu’un caprice ou une nécessité pour assouvir son désir de dribles et de shoot à 3 points. Il avait à sa disposition les installations sportives suffisantes pour se défouler sur un parquet en compagnie de quelques gardes du corps ou conseillers. Cette initiative était avant tout symbolique. Il remplaçait le sport individuel de la classe moyenne supérieure blanche par le sport collectif des ghettos. Ses opposants républicains proches des « Tea Parties » y virent immédiatement une preuve supplémentaire de la mainmise « blacko-gauchiste » sur le pouvoir.

Obama en campagne sénatoriale 1995 dans le south side de Chigcago.©Marc Pokempner

Obama en campagne sénatoriale 1995 dans le south side de Chigcago.©Marc Pokempner

D’emblée, on se rend compte qu’Obama ne peut se servir du basket comme un élément de com’ consensuel car le basket est clivant. Les Américains associent généralement le basket aux Démocrates et le foot US aux Républicains, de part leur nature et leur ancrage social. Traditionnellement le football est le sport co des élites blanches en quête de virilisation, c’est un sport cadré dans ses plans de jeu avec une hiérarchie bien établie. Le basket, plus désordonné, plus « libéral », demeure pour beaucoup le sport co des démunis et surtout de la minorité noire. Par le basket, le président renforce son positionnement démocrate, sa proximité avec les classes populaires et sa négritude. Le basket est également pour lui le meilleur vecteur pour apparaître aux yeux de tous comme un « Américain moyen ». Ex-joueur moyen, il regarde les matchs à la télé, va voir sa fille jouer avec son équipe scolaire en bon père parmi les autres parents, joue au milieu d’une flopé de gosses… Comme tant d’autres à travers le pays. Le naturel avec lequel il se comporte dans ces moments renvoie l’image d’un « nextdoor boy » sympa à qui l’on confierait sans souci son gamin ou sa gamine pour l’accompagner à un match. C’est par le basket qu’il se rapproche le plus du quotidien de tout un chacun.

« Coach… Heu… Mister President ! » Lebron James

Un papa supporter de sa fille. © Pete Souza / White House

Un papa supporter de sa fille. © Pete Souza / White House

Quand Lebron James s’est adressé à lui en l’appelant « Coach… Heu… Mister President », il ne s’est pas offusqué de ce lapsus, au contraire il semblait flatté. Ce terme lui convient à merveille. Ses conseillers témoignent qu’il utilise souvent des métaphores basket dans son langage politique : « Profiter que la défense se relâche pour shooter », « Passer au joueur démarqué. »…

Ces derniers mois, Barack Obama a quelque peu délaissé son playground présidentiel pour les greens de golf. Il en plaisante en soupirant qu’il a été rattrapé par l’âge. Les esprits caustiques ironisent qu’il a surtout été rattrapé par le monde réel : « Le basket incarnait l’espoir, le golf vous ramène à la réalité. »

LES BASKETTEURS POLITICIENS

Si Obama est un politique passionné de basket, il y a eu aussi des basketteurs passionnés de politique au point de s’y consacrer après leur carrière NBA. Ces quatre figures emblématiques du basket-politique ont le point commun d’être tous au Parti Démocrate.

McMillen-Bradley

Bill Bradley, (à droite), l’ex-Knicks est devenu sénateur entre 1977 et 1995 où il s’est fait principalement remarquer par son travail sur les questions fiscales. Bradley s’est présenté aux primaires démocrates en 2000. À l’inverse d’Obama, il n’a jamais fait vibrer les filets de basket durant sa campagne. Au contraire, il pensait que son passé de sportif professionnel pouvait nuire au sérieux de sa candidature.
Tom McMillen
, (à gauche), le pivot malheureux de Team USA aux J.O de Munich, a représenté les électeurs du 4e arrondissement du Maryland au Congrès entre 1987 et 1993. Tom Mc Millen détient toujours le record de l’homme politique le plus grand, (2m 11), passé sous le dôme du Capitole.

Bing-Johnson

Dave Bing, (à gauche). Issu d’une famille modeste de Washington, Dave Bing s’est lancé dans les affaires, intermédiaire dans l’acier, sitôt sa carrière NBA achevée en 1980. Avec une mise de 330 000 $, (dont 250 000 prêtés par les banques), et 4 employés, il en comptait 69 et 40 000 000 $ de chiffre d’affaires dix ans plus tard. Dave Bing a été élu maire de Detroit en 2009. C’est durant son mandat que la ville a été déclarée en faillite. Bien qu’il n’ait pas été responsable de ce fait, Dave Bing ne s’est pas représenté en 2013.

Kevin Johnson, (à droite)a été élu à la mairie de Sacramento, sa ville natale, en 2008. Réélu en 2012, il est actuellement pris dans des affaires, (scandale immobilier, harcèlement sexuel, détournement de fond…) qui ternissent quelque peu son bilan.

CAMPAGNE 2016

Quelque soit le résultat du scrutin à venir, il faudra ranger les sneakers et les ballons dans le vestiaire de la Maison Blanche. Chez les démocrates, Bernie Sanders, en vieil intello à l’européenne qu’il est, ne voit pas trop ce qu’il pourrait raconter à un fan de sport. Il a tâté du ballon orange dans sa jeunesse, il se débrouillait pas mal à ses dires, mais aucune photo jaunie ne vient en apporter la preuve. Par contre on sait qu’il a participé à des courses de demi fond. Elu, il serait capable de chercher des idées nouvelles pour le sport américain dans les écrits de Léo Lagrange. Hillary Clinton, elle, assure le strict minimum en matière de séduction sportive. N’ayant aucune passion particulière dans ce domaine, elle ratisse large.

"J'adoooore le baseball, je suis fan des Chicago Cubs !" "J'adoooore le basket, je suis fan des Los Angeles Lakers !" "J'adoooore le hockey, je suis fan des new York Rangers !" "... et... heeuuuu... Je joue au football avec l'équipe du département d'état."

« J’adoooore le baseball, je suis fan des Chicago Cubs ! »
« J’adoooore le basket, je suis fan des Los Angeles Lakers ! »
« J’adoooore le hockey, je suis fan des New York Rangers ! »
« … et… heeuuuu… Je joue au football avec l’équipe du département d’état. »

Côté Républicain, Marco Rubio n’ose pas trop mettre en avant qu’il doit ses études supérieures à une bourse sportive, (football US), accordée par l’Université de Gainesvilles.

Ted : "Grayson... Tu es mon fils !" Grayson : "Nooooooon..."

Ted : « Grayson… Tu es mon fils ! »
Grayson : « Nooooooon… »

Ted Cruz… et bien à part une ressemblance stupéfiante avec le joueur de Duke, Grayson Allen… Et enfin, l’inénarrable de Donald Trump ! Son fait d’arme majeur en sport est une propension obsessionnelle à tricher au golf. Sacré Donald !

En 2008 le monde du basket américain dans son écrasante majorité, des instances dirigeantes aux joueurs en passant par les coachs, s’était rangé ouvertement derrière Obama. Il est beaucoup plus discret cette année, même si quelques figures de la NBA ou de la NCAA s’engagent officiellement derrière leur favori. Tout le monde a compris que la belle histoire qui voyait prôner un ballon rond sur un bureau ovale se terminera bientôt.

Soutient 2016

QUEL SPORT MISTER PRESIDENT ?

La pratique sportive étant valorisée depuis toujours dans le système éducatif américain, il n’est pas étonnant de constater que seulement deux des neuf prédécesseurs de Barack n’aient pas fréquenté un vestiaire de collège ou d’université. Mais quel sport ont-ils pratiqué ?

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1 : John Kennedy, démocrate 1960-1963. JFK faisait parti de l’équipe de natation d’Harvard. Ses aptitudes à la natation ne lui ont apporté qu’une médaille, la Médaille de la Marine. En effet en 1943, suite au nauffrage du patrouilleur qu’il commandait, il a halé un de ses marins blessé sur 5 km avant d’aller chercher des secours à la nage. De santé fragile et victime de d’atroces douleurs au dos, il n’a posé en sportif que devant les photographes de presse avant de récupérer ses béquilles une fois ceux-ci hors-champ.

2 : Lyndon Johnson, démocrate 1963-1968. En vrai cowboy texan amateur de pêche, de chasse et bien sûr de cheval, LBJ a juste caresser la batte de baseball au lycée de Johnson City.

3 : Richard Nixon, républicain 1968-1974. Pauvre Dick. Il participait assiduement aux entrainements de l’équipe de football US du collège de Fullerton, mais n’était que très rarement sélectionné pour disputer les matchs.

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4 : Gerald Ford, républicain 1974-1976. Celui qui était moqué pour sa maladresse, « incapable de marcher et de mâcher du chewing gum en même temps », est pourtant le vrai champion de la confrérie des présidents. Linebaker des Michigan Wolverines, il remporta le titre national de football US en 1932 et 1933. S’il a refusé des contrats pro, (il faut avouer assez peu lucratifs à l’époque), il est resté un fan des Wolverine toute sa vie.

5 : Jimmy Carter, démocrate 1976-1980. Brillant étudiant à Georgia Tech, entre la bibliothèque et le stade, Jimmy a vite choisi. L’image sportive marquante de son mandat est un peu piteuse, un malaise lors d’un runnin’.

6 : Ronnald Reagan, républicain 1980-1988. La légende lui prete 77 vie sauvées quand il officiait comme maître nageur sur les rives de River Rock. Le capitaine de l’équipe de natation d’Eureka Collège a également joué au football US , mais ce touche-à-tout préférait les cours de théatre.

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7 : Georges H.W. Bush, républicain 1988-1992. Capitaine de l’équipe de baseball de son high-school, il a également pratiqué le « sport de l’Amérique » au sein de prestigieuse université de Yale.

8 : Bill Clinton, démocrate 1992-2000. C’est sur le gazon vert des terrains de rugby de la très britannique Oxford, que Bill a appris les valeurs de l’Ovalie.

9 : Georges W. Bush, républicain 2000-2008. Bush Jr a-t-il un point commun avec son prédecesseur à la Maison Blanche ? Oui, le rugby. Sport dans lequel il se distingua dans la même université que papa, Yale

audacity-of-hoop_sm« The audacity of Hoops : Basketball and the age of Obama » d’Alexander Wolff – Temple University Press – 2015.  Les rapports entre Obama, la politique et le basketball scrutés par un jounaliste de Sport Illustrated.

En 2008, en pleine campagne électorale, Barack Obama s’offre une pose basket en Indiana

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

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About Laurent Rullier (58 Articles)
Le premier match de basket que j'ai vu en live était un Alsace de Bagnolet vs ASVEL. Depuis la balle orange n'a pas arrêté de rebondir dans ma p'tite tête.

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