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ITW Pascal Legendre – Partie 1 : « L’histoire de la presse basket en France est essentiellement une histoire mancelle »

Interview

En trois clics sur son ordi ou trois pressions sur son smartphone c’est fait. On a les scores de la soirée, les stats, les highligts… et même de belles histoires sur BasketRetro. En 1982, quand Pascal Legendre et Didier Le Corre ont lancé Maxi-Basket, c’était le désert. Se faire une culture basket relevait d’une traversée du Ténéré en Palladium. La survie ne tenait qu’à quelques buissons rachitiques dans les colonnes de l’Equipe et à de très rares oasis salvatrices dans les librairies. Mais quelques aventuriers de l’info basket avaient fait un sacerdoce de nous ouvrir la piste. Pascal Legendre est l’un d’eux.

Basket Rétro : Comment Pascal Legendre est venu au basket ?

Le SCM Le Mans vainqueur de la Coupe en 1964. Le petit Pascal était-il dans les tribunes ? © Le Musée du basket

Le SCM Le Mans vainqueur de la Coupe en 1964. Le petit Pascal était dans les tribunes  © Le Musée du basket.

Pascal Legendre : Je suis natif du Mans. Le SCM Le Mans, est monté en première division lors de la saison 62/63. Mon père qui était sportif, mais pas basketteur, m’a emmené voir mon premier match en mars 1963, quelques jours après la naissance de Jordan, (né le 17 février). Un match contre le PUC, qui allait devenir champion cette année là, qui comptait dans ses rangs Roger Antoine, le premier international français d’origine africaine, et Henry Fields, l’un des tout premiers Américains à jouer en France. Il avait marqué 41 points.

Pour moi le basket, c’est associé au Mans. J’ai joué ensuite à la JALT, l’autre club du Mans, où j’ai eu un parcours de basketteur lambda. Durant toute mon enfance et adolescence, j’ai vu beaucoup de matchs salle Gouloumès et à la Rotonde. Y compris le pré-championnat d’Europe 1971 où pour la deuxième et dernière fois de ma vie j’ai demandé un autographe à un joueur. Il s’agissait de Pierre Galle. Pour celui d’avant j’avais timidement sollicité Jean-Claude Lefebvre qui mesurait 2 m18. Il avait beau être assis, j’étais un tout petit bonhomme très très impressionné. Mon père m’encourageait, « Va s’y ! Pascal, va s’y ! » et Jean-Claude Lefèvre essayait de me rassurer, « Viens, n’ai pas peur. »

BR : Et au journalisme ?

PL : Après des études de journalisme, je suis entré au Maine Libre en 1978. Je n’imaginais pas faire carrière comme journaliste sportif, et encore moins de basket. D’ailleurs je n’imaginais pas qu’on puisse vivre de ça. Mais finalement je suis rentré à la rubrique sportive, j’ai traité de tous les sports et notamment du basket. Ce qui m’a permis de faire des rencontres, un confrère du Maine Libre et deux d’Ouest France, dont Didier Le Corre avec qui j’ai créé Maxi-Basket en 1982. En 1995 ç’a été les mensuels MVP Basket devenu BAM par la suite, Dunk en 1996, plus Hand Action et des revues de foot. J’ai ensuite travaillé à Basket News en 2008 et enfin à Basket Hebdo de nouveau avec Didier Le Corre en 2013. En fait l’histoire de la presse basket en France est essentiellement une histoire mancelle. En 82 cela faisait 20 ans que Le Mans était en première division. Dans ce creuset s’est développé une vraie culture basket qui a porté ses fruits dans la presse, je pense notamment au Sarthois David Loriot de l’Equipe, mais dans d’autres domaines aussi. En jeune, par exemple, j’ai joué avec Jean-Michel Veaudor et Hervé Plunian qui ont été kinés de l’équipe de France. Jean-Charles Brégeon, un très bon pote de Didier Le Corre est aujourd’hui secrétaire général du SLUC. Christian Lemasson avec qui j’étais en classe en 6e et qui a présidé l’Etendart de Brest avant de prendre en charge la trésorerie de la LNB. L’arbitre Pascal Dorizon aussi, un des meilleurs d’Europe dans les années 90…

La presse basket avant 1982 : "Basket Magazine", 35 numéros de 1947 à 1950. - "Equipe Basket Magazine", 53 numéros entre 1970 et 1973 - "Equipe Basket Hebdomadaire", 15 numéros en 1974 et 25 en 1975

La presse basket avant 1982 : « Basket Magazine », 35 numéros de 1947 à 1950. – « Equipe Basket Magazine », 53 numéros entre 1970 et 1973 – « Equipe Basket Hebdomadaire », 15 numéros en 1974 et 25 en 1975

BR : Pour beaucoup, Maxi-Basket a été le premier vrai magazine basket. Mais il y avait eu des précédents.

PL : Bien sûr. Sans parler de la presse institutionnelle de la Fédé qu’on ne trouve pas en kiosque, Robert Busnel a lancé Basket Magazine, un mensuel dans les années 50. Ensuite, il y a eu entre 70 et 77 l’Equipe Basket Magazine, un mensuel. Les sorties en kiosque étaient très aléatoires, il n’y a jamais eu 12 numéros par an. De plus les deux premières années, il fallait partager avec le Hand. Puis l’Equipe Basket Hebdomadaire qui n’a pas tenu longtemps, quelques mois seulement. Il avait été précédé par un autre hebdo à la vie aussi brève au moment de l’affaire de la grève à Berck, une publication du groupe de presse de Marcel Leclerc, le président de l’OM de l’époque. Jean-Jacques Maleval a sorti une lettre ronéotypée de couleur jaune, Micro Basket, pendant deux ans, de 77 à 79. On ne trouvait pas Micro Basket en kiosque, il fallait s’y abonner*. Puis entre 79 et 82, le trou. Juste quelques lignes dans le quotidien l’Equipe.

* Avant internet, il y avait dans tous les domaines, (politique, économie, sport…) des « lettres confidentielles ». Généralement réalisées avec très peu de moyens, elles n’étaient diffusées que par abonnement.

« Faut se replonger dans cette époque. Il n’y avait pas internet. La seule source d’information était l’Equipe. Á part ça ? Rien ! »

BR : Un trou que vous comblez.

Le classico des années 80 en couv’ de Maxi Basket en 1987.© Maxi Basket 

PL : C’est ce vide qui nous a décidé à nous lancer dans l’édition, domaine dans lequel nous n’y connaissions rien. Nous avions même imaginé faire un hebdomadaire. Ce qui était complètement fou. Avec l’absence de moyens, faire un mensuel était déjà extrêmement compliqué. Il y avait très peu de magazines de sport, même en football, trois ou quatre, pas plus. Rien en volley, rien hand… Mais il y avait Todo Baloncesto en Espagne et Giganti del Basket et Super Basket en Italie. On s’est dit que la France était un grand pays avec 300 000 licenciés, donc il devait y avoir un marché. On a débuté avec trois salariés à temps complet au SMIC et deux à mi-temps, donc assez peu de frais salariaux. Mais il fallait tout sous-traiter dans un monde sans ordinateur. C’était très artisanal, nous dessinions les maquettes, mais la mise-en-page, la photocompo, la photogravure… Tout ça on ne le faisait pas en interne. Le premier numéro a été tiré à 60 000 exemplaires pour 16 000 vendus. Mais nous avions fait une campagne de pré-abonnements qui avait extrêmement bien marché, nous avions démarché des tas de gens, nous étions allés à l’assemblée générale de la Fédération, Jean-Jacques Maleval nous avait donné son listing d’abonnés de Micro Basket. Nous avions un bon millier de pré-abonnements qui nous a permis d’avoir un fond de roulement. Il y avait vraiment une attente pour les passionnés de basket. Faut se replonger dans cette époque. Il n’y avait pas internet. La seule source d’information était l’Equipe, à part ça, rien, rien de rien !

BR : Mais alors vous ? D’où teniez-vous vos infos ? Comment faisiez vous pour traiter du basket américain par exemple ?

Jean-Jacques Maleval, (g), et Thierry Bretagne, (d), profite de la visite touristique à Paris du directeur marketing des Chicago Bulls pour glaner quelques infos. © L'Equipe Basket Magazine

Jean-Jacques Maleval, (g), et Thierry Bretagne, (d), profite de la visite touristique à Paris du directeur marketing des Chicago Bulls pour glaner quelques infos. © L’Equipe Basket Magazine

PL : Didier Le Corre était un vrai fan de basket, de basket américain notamment. Adolescent, il s’était rendu aux Etats-Unis, avaient acheté des bouquins. Il avait une connaissance du basket américain incroyable. En France personne n’en savait plus que lui sur le sujet. Moi, je m’étais rapproché de Jean-Jacques Maleval et en 78, je lui avais demandé des adresses de périodiques et c’est comme ça que je me suis abonné à Sport Illustrated, puis à Super Basket, Todo Baloncesto, Giganti del Basket… Je ne parlais ni italien ni espagnol, mais j’arrivais à deviner. Il y avait les stats, les photos… Et les bouquins aussi. Ce fabuleux basket américain de Maleval et Thierry Bretagne, (1972), qui a été fondamental pour toute une génération car avant, je le rappelle, c’était le néant.

En 1980, il y a eu La fabuleuse histoire du basket de Jean Raynal qui couvrait le basket français, américains et international. Il comportait beaucoup d’erreurs selon Gérard Bosc*, mais m’a quand même appris plein de choses, et surtout de les mettre dans un ordre chronologique, de me construire une vraie base culture basket. Car c’est vraiment ça la différence avec aujourd’hui. Aujourd’hui, il y a une profusion d’informations, ça part dans tous les sens. Il suffit d’aller sur internet. Il y a tout et n’importe quoi. Ce qui est important et pas important, des trucs plus ou moins vrai, énormément de « copier-coller ». C’est du pillage. Alors que nous notre génération, il n’y avait rien. Strictement rien ! Il n’y avait que l’Equipe qui chaque jour donnait quelques informations et très très peu de basket américain. Heureusement qu’il y avait Maleval et Bretagne, surtout Maleval qui allait régulièrement au Etats-Unis et faisait des papiers sur le basket US, sinon nous aurions été complètement ignares.

* Fondateur du Musée du Basket

1988, Pascal Legendre couvre les J.O de Séoul.

1988, Pascal Legendre couvre les J.O de Séoul.

BR : La France se désintéressait du basket Américain. Pourtant on savait qu’il dominait outrageusement. Ç’aurait dû au moins susciter la curiosité des acteurs du basket Français ?

PL : J’ai de très bons rapports avec Christian Baltzer, ex-capitaine de l’équipe de France et du SCM Le Mans, qui m’a retrouvé un article de Robert Busnel qui date de la fin des années 50*. Il y raconte son premier voyage aux Etats-Unis. Il faut se rappeler qui était Busnel : sélectionné en EdF dés 1934, capitaine et entraîneur des Bleus à Londres aux J.O de 48, entraîneur des équipes de France masculines et féminines, DTN, ensuite président de la FFBB, puis de la FIBA… C’est le personnage numéro 1 du basket français du XXe siècle. Et bien il n’a découvert le basket américain qu’à la fin des années 50 ! En fait il ne le connaissait qu’à travers les Jeux Olympiques et les Championnats du Monde auxquels il avait participé. Il n’a vu ses premiers matchs universitaires qu’en 58. Mais aucun match NBA. Aucun ! Il a juste discuté avec le président des Knicks, mais n’a pas vu de match. J’en conclus qu’il n’y avait aucun pont entre le basket américain et le basket français.

* « Sport et Vie », avril 1958. Article dans lequel Robert Busnel donne la première définition du « Smash » : « Shooter en claquant la balle dans le panier par-dessus celui-ci »

« Personne ne connaissait le mot NBA. On parlait de « professionnels américains » ! »

BR : On ne connaissait pas les joueurs, les équipes ?

Le "Globy" Chamberlain au smash dans la campagne française. © Maxi-Basket

Le « Globy » Chamberlain au smash dans la campagne française. © Basket-Hebdo

PL : À l’époque, la seule équipe connue était les Harlem Globe Trotters. Pour tous, hors USA, ils étaient les meilleurs joueurs du monde. Quand Wilt Chamberlain est venu en France en 1961, il faisait partie des Harlem Globe Trotters*. Il venait pourtant d’être élu Rookie of the year et MVP de la NBA. Mais ni dans l’Equipe ni à la télévision, on n’a cité le terme de NBA. Personne ne connaissait le mot NBA. On parlait de « professionnels américains ». Mais les Globies aussi étaient des pros. Chamberlain était très grand, très bon, il était le meilleur de la meilleure équipe du monde, les Harlem Globe Trotter. Donc c’était le meilleur joueur du monde. Mais ses liens avec la NBA, on s’en fichait, car personne ne savait ce que c’était.

* Voir article dans le n°44, 3 juillet 2014, de « Basket Hedbo », sur la venue de Chamberlain en France en 1961.

BR : Il y a eu ensuite la visite de Bob Cousy ?

PL : Effectivement. Mais il est venu en France par l’intermédiaire de la société Gillette, pas en tant que représentant de la NBA*. Cousy était un Celtic. Gillette était basée à Boston et avait une antenne en France. Il n’était fait aucune mention de la NBA dans la presse. C’était juste un « professionnel américain ». Et c’est même étonnant qu’ils aient laissé Bob Cousy faire des entraînements avec des joueurs amateurs français car le professionnalisme dans le basket, et le sport en général, était honni.

* La visite de Bob Cousy en France et ses rapports avec notre pays, (parents français), ont fait l’objet d’un long et bel article de Pascal Legendre dans « Basket Hebdo » n°115 du 5 novembre 2015.

BR : Mais est-ce que même aux Etats-Unis, dans les années 50 / 60, la vraie référence basket n’était pas plutôt la NCAA ?

PL : Ah oui. Il ne faut pas oublier que dans les années 50, la NBA était limitée aux états de l’Est. Les franchises étaient à New York, Boston, Philadelphie, Cincinnati… La plus à l’Ouest était les Saint-Louis Hawks*. Le déménagement des Lakers de Mineapolis à Los Angeles date de 1960. Le premier match télévisé a été diffusé en 1955. Ce n’était vraiment pas grand chose la NBA aux Etats-Unis. C’est une des explications. En images, j’ai juste retrouvé sur INA Media Pro, des petits reportages sur les Boston Celtic de la fin des années 50. Mais ils sont très très courts. Les images étaient arrivés là on ne sait comment. Personne n’était vraiment capable d’expliquer de quoi il s’agissait. Sinon… Oui… Les professionnels c’étaient le Diable, surtout en France.

* En 1959, la NBA ne comptait que huit franchises.

Retrouvez la seconde partie de l’entretien jeudi. Pascal Legendre assurera qu’ « avant ce n’était pas mieux » et evoquera un mystérieux « Alignement des planètes ».

Propos recueillis par Laurent Rullier pour Basket Retro

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About Laurent Rullier (63 Articles)
Le premier match de basket que j'ai vu en live était un Alsace de Bagnolet vs ASVEL. Depuis la balle orange n'a pas arrêté de rebondir dans ma p'tite tête.

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