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ITW Audrey Sauret – Part 1 : « Mes plus belles années restent aujourd’hui à Valenciennes »

Interview

Audrey Sauret (c) Yann Cielat - Photographies

Audrey Sauret a été championne d’Europe en 2001 avec l’équipe de France au côté d’Edwige Lawson-Wade, Isabelle Fijalkowski et Cathy Melain. L’ancienne meneuse de jeu de Valenciennes a consacré près d’une heure d’entretien à Basket Rétro le 14 mai dernier par téléphone. Dans cette première partie, découvrez son parcours dans le basket professionnel : de l’Insep à Valenciennes en passant par les Etats-Unis et la sélection nationale.

Basket Rétro : Pour commencer cet entretien, je pose cette habituelle première question. Comment avez-vous découvert le basket ?

Audrey Sauret : J’ai des parents qui ont joué au basket. Mon père était à l’époque semi-professionnelle à Reims. Il avait débuté le basket à Charleville. Quand j’étais petite, on est parti sur Reims. Quelque part, je suis né un peu avec le ballon entre les mains (rires). Ca s’est fait naturellement.

Audrey Sauret (c) Sipa Press

Audrey Sauret (c) Sipa Press

BR : Vous avez gagné beaucoup de titres que ce soit en club ou en Equipe de France, reçu plusieurs distinctions personnelles. J’imagine que c’est difficile d’en sortir un mais quels sont ceux les plus marquants que vous retenez de votre carrière de basketteuse ?

AS : C’est difficile d’en sortir. Le premier trophée reste symbolique. C’est le premier titre de champion de France avec Valenciennes que je gagne en 1994. J’allais bientôt avoir mes 18 ans à ce moment-là. Ça a été un grand symbole car le club de Valenciennes recrutait des joueuses avec beaucoup de moyens. C’est l’année où plus de paris étaient faits. Le club a fait le choix de miser sur des joueuses comme moi qui sortaient de l’Insep ou celles qui sortaient du centre de formation de Valenciennes. Celles-ci étaient ainsi dans l’équipe première. Tout le monde nous voyait dans la difficulté dans la saison. C’est un titre que Valenciennes attendait depuis quelques années. Ca reste donc un souvenir assez mémorable.

Je retiens aussi mon premier d’Euroligue en 2002 car je perdais tellement de finales (ndlr : 2 en 2000 et 2001) avant d’en obtenir une. C’était tellement des larmes de tristesse, de déception avant que j’ai versé des larmes de joie en 2002. Ça reste un grand moment. Si je dois encore en choisir un autre, c’est le titre gagné lors du championnat d’Europe acquis avec l’équipe de France à domicile. Ce sont donc trois titres assez marquants de toute ma longue de carrière. Chaque titre a pour moi une saveur particulière.

En 2004, l'USVO remporte à Pecs sa deuxième Euroligue. Joie d'Audrey Sauret et de ses coéquipires dans le vestiaire (c) Mantey-L'Equipe

En 2004, l’USVO remporte à Pecs sa deuxième Euroligue. Joie d’Audrey Sauret et de ses coéquipières dans le vestiaire (c) Mantey-L’Equipe

BR : Vous avez été formé à l’INSEP de 90 à 93. Comment vous a-t-on repéré ?

AS : Je suis passé par le CREPS de Reims. J’ai ainsi participé à tous les tournois interzones. Grâce à ces tournois, j’ai été convoqué pour faire les détections d’entrée à l’Insep. C’est Jacques Vernerey qui a choisi de m’intégrer au groupe de l’Insep à l’époque. J’y suis donc allé très volontiers (rires). Je me suis pas posé la question deux fois. J’ai fait un cursus des plus classiques. J’étais dans mon club d’origine. J’ai fait les championnats de France minime qui étaient très relevés. Donc ensuite le Creps de Reims puis l’Insep.

INSEP logoBR : Que retenez-vous de vos années à l’Insep, une institution dans laquelle de nombreux basketteurs sont passés ?

AS : J’ai découvert la discipline, l’entraînement de très haut niveau. Je suis passé de un à deux entraînements par jour. La première année, j’étais très honnêtement dispersée car c’est la première fois que je faisais quelque chose sans que mes parents soient dans les environs. Au Creps, c’est ma mère qui me coachait. En club, c’est ma mère qui me coachait. En sélection régionale, ma mère venait assister notre coach régional et notre CTR. C’est donc la première fois que je partais seule en internat sans parents qui me coachent. Mais cela a confirmé ma passion pour le basket. Le fait de m’entraîner davantage fait que j’avais encore plus faim. C’était encré en moi et ca n’a fait qu’affirmer cette passion.

BR : Vous êtes repéré ensuite par Valenciennes à la sortie de l’INSEP. Comment vous a-t-on repéré ?

AS : Ce n’est pas le même fonctionnement qu’aujourd’hui. On se débrouillait pour trouver un club. C’est donc mon père qui m’a représenté pendant pas mal d’années. J’avais été sollicité par le coach de Valenciennes Marc Silvert et Cathy Clézardin, capitaine de l’équipe qui était venue me repérer à l’Insep. Je les ai rencontrés avec mes parents. J’avais aussi rencontré des membres du club de Strasbourg, de Mirande avec Alain Jardel. Et c’est Valenciennes qui m’a le plus séduit par son projet et le rôle qu’on voulait m’attribuer dès ma première année professionnelle. Quelque part une place était à prendre à l’USVO (Union Sportive Valenciennes Olympic), un club où il y avait l’opportunité d’avoir beaucoup de temps de jeu dès ma première année professionnelle. C’est ce que je recherchais vraiment. J’étais prête physiquement, mentalement et techniquement. Je voulais aller là où j’aurais ma place pour essayer de m’imposer.

BR : Vous avez passé dix ans à Valenciennes non pas d’affilée mais c’était deux périodes de 5 ans. Pensiez-vous un instant rester autant de temps dans ce club mythique ?

USVO Valenciennes logoAS : Non (sourire) car j’avais signé pour une année puis un an de plus. Finalement j’avais re-signé 2 ans. Je me connais. Je suis quelqu’un qui aime bien se remettre en question et changer de situation. Je n’aurais jamais pensé rester aussi longtemps. Mais c’est pour ça que je n’ai pas passé dix ans d’affilée car entre les deux périodes de cinq ans à l’USVO, j’étais donc parti et j’avais besoin de cette nouveauté, de cette remise en question pour poursuivre ma progression. J’aime pas être dans le confort, rester aussi longtemps dans un club. A un moment donné, ça c’est une force mais aussi ça devient un confort. Dans la personnalité que je dégage, j’ai besoin d’aller relever de nouveaux challenges. C’est pour ça qu’en 1998 j’étais parti de Valenciennes au bout de 5 ans. J’estimais que j’avais fait un peu le tour avec le même coach Marc Silvert. J’avais envie de découvrir un autre coach, un autre style de jeu. J’avais déjà voulu aller à l’étranger. J’avais signé à l’époque à Madrid. Mais le propriétaire était décédé. Et je me suis retrouvée sans club. Et suite à cela, j’ai passé deux ans à Bourges.

BR : Quel souvenir gardez-vous de votre passage à Valenciennes sur ces deux périodes de 5 ans ?

AS : Quand je prends la route et que je passe à côté de Valenciennes, il se passe toujours quelque chose. Je peux pas rester sans avoir des étoiles dans les yeux et beaucoup d’émotions. Ça était un club fort pas seulement dans les résultats mais au sein duquel il y avait des relations humaines fortes entre les joueuses et avec lesquelles on a touché le summum. C’est tout ce dont une équipe puisse espérer. Il y avait une cohésion de jeu, une confiance les unes avec les autres, un rapport humain qui est très sain, une complicité. Pareil avec l’entraineur Laurent Buffard et les dirigeants et le groupe des supporters.

Celui-ci est vraiment unique et le plus beau que j’ai jamais connu. Quand on parle des gens du Nord, c’est pas seulement leur dire avec humour que c’est des gens gentils. C’est vraiment la réalité. J’ai passé dix ans où il y avait des échanges humains. Des gens nous suivaient et auraient pu tout sacrifier pour pouvoir venir à un Final Four. En tant que joueuse, on le ressentait. Et par respect pour ces gens là, on a partagé avec eux des grandes victoires et des lourdes défaites. De toute ma longue carrière, je considère que mes plus belles années restent aujourd’hui à Valenciennes.

 » C’est Valenciennes qui m’a le plus séduit par son projet et le rôle qu’on voulait m’attribuer dès ma première année professionnelle. Quelque part une place était à prendre à l’USVO, un club où il y avait l’opportunité d’avoir beaucoup de temps de jeu dès ma première année professionnelle. C’est ce que je recherchais vraiment. J’étais prête physiquement, mentalement et techniquement. Je voulais aller là où j’aurais ma place pour essayer de m’imposer ».

Valenciennes et Audrey Sauret, championnes d'Euroligue en 2002 (c) Fablet - L'Equipe

Valenciennes et Audrey Sauret, championnes d’Euroligue en 2002 (c) Fablet – L’Equipe

BR : Comment expliquez-vous que le club soit si régulier au moment où vous y étiez car vous avez gagné beaucoup de trophées ?

AS : On a été si régulier car il y avait une base d’équipe qu’on a tout le temps conservée. On était 5-6 joueuses accompagnées de jeunes comme Claire Tomaszewski, Elodie Bertal ou Johanne Gomis aujourd’hui qui joue à Villeneuve d’Ascq. Celles-ci sont venues et ont fini leur formation à Valenciennes. Elles faisaient partie intégrante du groupe et sont restées plusieurs années. Cette force était d’avoir cette base d’équipe solide qui se connaissait, avait des habitudes de jeu, du mental. On s’entendait bien mais c’était pas tout rose tout le temps. Que ce soit une Audrey Sauret, une Alison Feaster, une Isabelle Fijalkowski, forcément il y avait des caractères qui se confrontaient. Mais c’est ce qui nous a permis d’avancer. On allait tous vers le même objectif.

Et chaque année, il fallait ajouter une ou deux pièces dans l’équipe à cette base afin de travailler dans la continuité. Ça nous a ainsi permis d’arriver à un point où les gens pensaient qu’on était arrogant. On l’était pas, on avait une telle confiance les unes les autres que lorsqu’on rentrait sur le terrain, on avait pas ce sentiment de se dire qu’on pouvait perdre. On perdait des fois mais ça ne nous remettait pas en question. On analysait pourquoi on avait perdu. Peut-être qu’on est tombé sur plus fort que nous, qu’on jouait mal, faisait des erreurs. Par contre, on retournait sur le terrain avec cette même confiance, cette qualité. Quand on tournait la tête à droite ou à gauche, on se regardait et on n’avait pas besoin de parler car on savait qu’on allait être épaulé par quelqu’un en qui on avait une entière confiance sur le terrain et aussi sur l’aspect mental.

BR : Vous avez joué en France, aux Etats-Unis (aux Washington Mystics), en Russie (Ekaterinbourg), en Italie (Tarente, Schio et Parme). Pouvez-vous nous parler de la différence de culture basket entre ces différents pays (les entraînements, le style et niveau de jeu) ?

Washington Mystics logoAS : J’ai choisi les Etats-Unis car pour moi c’est un rêve. C’est le pays qui a la plus grande et importante culture sportive. J’avais le désir de découvrir le continent américain car je pense qu’il fallait y passer une fois dans sa vie quand on en a l’opportunité. On va jouer dans des salles qui sont mythiques. Même encore aujourd’hui l’acceptation des joueuses européennes n’a pas évolué aussi vite chez les filles a contrario des garçons. A l’époque où j’y suis allée, la WNBA était naissante. C’était vraiment une ligue toute jeune. Avant il y avait la ABL. C’était nouveau et frais. On jouait dans un championnat qui se déroulait que l’été. La difficulté, c’est qu’on ne retrouve pas cet esprit de conquête dans le groupe. C’est moins l’esprit d’équipe. C’est un jeu un peu plus individualiste. On demande beaucoup de physique. Il y a beaucoup moins d’entraînements. Une fois qu’on est dans la compétition, les matchs se répètent. Il y a moins d’intensité aux entraînements comme on peut l’avoir en Europe.

En Russie, quand je suis parti, c’était assez récent aussi. J’ai connu ainsi des coachs de l’Est. Ce n’était pas ma grande séduction très sincèrement. Je ne me suis pas retrouvée au niveau du travail et dans les entraînements tels que j’ai pu les connaître à Valenciennes, lesquelles étaient plus durs. L’état d’esprit en Russie était plus tôt un frein à main. A l’entraînement, c’était « moins j’en fais, mieux je me porte ». Là je ne me suis pas retrouvée en tant qu’athlète et dans mon travail. J’ai donc fait énormément de travail individuel. Mais quand on choisit un sport collectif, on n’a pas forcément tout le temps envie d’aller à la salle toute seule. Il y avait ce système séparatiste entre les joueuses américaines qui étaient encore sublimées par la Russie et les joueuses européennes et celles russes. Et je n’aimerais pas être à la place de ces dernières. Elles ont des fois un peu des rôles dévalorisants.

Aujourd’hui, la Russie a tué sa propre équipe nationale. En mettant obligatoirement des joueuses russes sur le terrain, finalement il y avait des vrais talents mais elles n’étaient pas prêtes. On parle d’argent. On leur a donné de la valeur commerciale beaucoup trop tôt, on les a surévaluées par rapport à leur niveau. Résultat, on fait face à des mentalités. Contrairement à ce qu’on peut croire de l’ancienne URSS, on tire un peu dessus sur ces filles à l’image des gymnastes. On travaille dur mais ça donnait des filles qui étaient un peu fainéantes. Mais sans faire d’effort, elles y sont arrivées. La Russie, ca été compliqué. Je ne me suis pas retrouvée en tant que joueuse, sur le plan humain. J’ai découvert un pays, une mentalité, avec ses qualités et défauts comme partout.  L’expérience a été riche mais « basketment parlant » c’était plutôt une déception.

L’Italie, c’était un régal (rires). Je dis toujours qu’on est aussi dur entre Italiens et Français, car on est réellement cousins. Il y a beaucoup de similitudes dans nos attitudes, nos valeurs, notre mode de fonctionnement. Je me suis vraiment plu en Italie. J’ai regretté que Tarento garde pas plus longtemps Aldo Corno. C’était un entraîneur qui me correspondait. Je le connaissais bien. Il aimait les gens qui connaissaient bien le basket. Il estimait que son travail était de faire un gros recrutement, de vraiment choisir des joueuses complémentaires. Et après de laisser le basket aux joueuses. C’était un basket forcément très riche dans le jeu collectif avec des systèmes bien cadrés et structurés. Par contre, on jouait au basket, on courait. On se faisait plaisir. Avec ce coach, j’ai vécu une très belle année.

A Parme, j’ai connu un coach italien Mauro Proccacini. En Italie, ils sont moins structurés que chez nous. C’est moins rigide sur «  il faut qu’on défende », qui est plus la culture française, notre valeur sure, ce qui est vrai. En Italie, ils sont plus portés vers l’attaque sur courir, et lâcher les ballons. Par rapport à mon style de jeu, je me suis fait vraiment plaisir dans le championnat italien.

BR : Comment êtes-vous repéré par les Washington Mystics (deux étés : 2001 et 2002) ? Que retenez-vous de cette expérience outre-Atlantique ?

AS : A l’époque, j’avais pris un agent Jeremy Medjana pour aller aux Etats-Unis. J’avais eu un ou deux contacts. Finalement il y avait une ou deux franchises qui se sont positionnés pour me drafter. Je ne l’ai pas été à cette époque la. J’étais donc sur le marché puisque je m’étais positionné sur la draft. Après les clubs font du scouting.  Et j’ai signé en tant que free agent à Washington en 2001. C’était compliqué car à l’époque on jouait avec les ballons de garçons (rires). Quand je suis arrivé aux Etats-Unis, c’était un ballon de filles. Quand je suis arrivé en 2001, j’avais raté toute la pré-saison, 5 matchs de championnat. Une fois que celui-ci a commencé, on n’a plus trop l’opportunité de s’entraîner. Ça a été vraiment difficile de trouver sa place au sein de l’équipe et de s’imposer.

La deuxième année, en 2002, L’assistant coach passe coach et me demande de retourner à Washington. J’ai cédé en me disant que je me donne une seconde chance. Finalement je suis revenu mi-juillet, l’année du mondial en 2002. J’estimais qu’on m’avait fait revenir et puis finalement j’ai jamais joué de manière très constante. Et, j’avais un mondial à préparer. J’ai du coup quitté la franchise. Je suis rentré en France, ce qui m’a coûté cher car derrière j’ai eu des contacts avec les Sparks de Los Angeles. Washington avait gardé mes droits et a pris mon cas d’exemple pour signaler que ce sont les clubs qui décidaient de laisser partir leurs joueuses ou non et pas les joueuses (sourire).

BR : C’était compliqué j’imagine de basculer du jeu européen, français à celui américain ?

AS : Oui, aujourd’hui je pense que les mentalités des joueurs et des joueuses européennes ont quand même évolué plus dans le sens du basket américain par rapport à nous à l’époque. C’est celle où on pensait au jeu collectif et moins au coté individualiste. Les Américaines l’étaient très. C’était compliqué par rapport à la mentalité. Autant on pouvait être des conquérantes et on avait le mental pour le faire, autant on n’avait pas cet état d’esprit  entre guillemets « égoïste ».  On n’était pas assez égoïste. Moi je sais que quand je suis parti aux Etats-Unis même en Russie, j’ai manqué d’égoïsme. Je me suis dit « pense à toi ».

A un moment, on se demande si on recherche vraiment des titres. D’ailleurs la question est légitime. On voit l’armada d’Ekaterinbourg qui n’a gagné l’Euroligue que deux fois avec la meilleure équipe sur le papier en Europe chaque année. N’est-ce pas  la preuve que c’est un club où on se demande à un moment donné si elle n’est pas là plus pour faire marcher seulement le star-system au détriment de gagner des titres. C’est pour ça qu’à Valenciennes, j’y suis resté longtemps. J’ai fait des choix de carrière où j’avais envie de gagner des titres. On peut gagner des titres individuels. Quand on a en a un titre, c’est souvent quand on est meilleur scoreur, un peu isolé. J’ai fait un choix de carrière où j’aime gagner des titres collectifs. Je suis contente du palmarès que j’ai aujourd’hui. Je préfère ça que plutôt d’être passé à côté d’un titre individuel. Mais j’en ai pas eu tant que ça des trophées individuels.

BR : En retraçant votre carrière, avez-vous le souvenir d’un pire déplacement pour jouer un match ?

AS : Oui j’en ai un. C’était à Rostov pour la Coupe d’Europe. Hiver terrible à Paris. Nous ne sommes pas partis avec l’avion qu’il fallait. Sauf que des correspondances Moscou-Rostov, il y en a un par jour. On rate notre vol (rires). Le lendemain, le jour du match, on a un avion mais il reste que 7 places. Donc on part avec 6 joueuses et un membre du staff sans notre entraîneur Marc Silvert. On arrive là bas dans un hôtel avec une vitre cassée à moins 40 degrés (rires). On se fait insulter en plus par le club local. Il était pas content et allé nous chercher alors qu’on n’était pas là. Mais on avait prévenu tout le monde. Marc Silvert avait voyagé dans les soutes à bagages de l’avion suivant pour pouvoir nous rejoindre le jour du match (rires). C’était un souvenir assez mémorable. Sans surprise, on est allé gagner. On avait tellement souffert de notre voyage et de l’accueil qu’on s’est dit « on est pas venu pour repartir sans l’exploit ». 

BR : J’en viens maintenant à votre passage en équipe de France. Vous comptez 202 sélections entre 1994 et 2007. Quel effet ça vous a fait de porter ce maillot bleu pour la première fois et qui vous a accompagné pendant plus de 10 ans de votre carrière ?

AS : La première fois, c’est assez symbolique de porter ce maillot puisque mon premier match avec l’équipe de France s’est déroulée dans la salle du Hainaut à Valenciennes. C’est une fierté de gagner des titres avec une ville. Représenter une ville, une région c’est valorisant car on a cette reconnaissance et fierté locale. Quant ensuite on représente un pays, ça prend une toute autre mesure. Je fais tout pour l’amour du maillot. Jouer pour l’équipe de France était quelque chose de très important. Et d’avoir pu rester aussi longtemps, c’était aussi une fierté. C’était important pour moi d’aller chercher des titres avec cette équipe de France.

Audrey Sauret en action avec l'équipe de France lors de l'Euro 2007 (c) FIBA Europe - Castoria

Audrey Sauret en action avec l’équipe de France lors de l’Euro 2007 (c) FIBA Europe – Castoria

BR : Vous avez croisé plusieurs générations en équipe de France. Peut-on dire que vous étiez un relai entre l’ancienne et celle nouvelle qui arrivait au fil des années ? Aviez-vous un rôle d’accompagnatrice ?

AS : Pour moi ça s’est toujours très bien passé. Je suis arrivé très jeune. J’ai un tempérament qui m’a permis de vite m’imposer. C’est mon caractère qui veut ça. Avec les générations et les nouvelles filles qui sont arrivés les unes après les autres comme Edwige Lawson, Elodie Bertal, à chaque fois ça se passait bien. Dans la relation humaine, on s’est trouvée. Malgré les années qui nous séparaient, on arrivait à avoir une complicité. Le relai, j’aurais aimé le faire. On me l’a enlevé quelque part sur la fin de ma carrière. J’en ai rarement parlé. Ma grosse déception quand même est la fin en équipe de France. Il y a eu ce championnat d’Europe complètement raté en Italie.

Je pense qu’il y avait cette erreur de se séparer d’Alain Jardel l’année où il était important de se qualifier pour les JO. Je m’étais mis en tête d’aller à Pékin et de finir ma carrière internationale là-bas. Je pense qu’on avait vraiment l’équipe pour le faire. C’était donc une déception dans la manière avec cet échec à l’Euro 2007. Celui-ci a tourné un peu au vinaigre. Il y a eu une grosse cassure certainement due aux résultats et au mal-être qu’il y avait dans le groupe. Personne n’est à incriminer plus que l’autre. Que ce soit les jeunes, les anciennes, entraîneurs, on est tous responsables de ce résultat. Par contre, il y a eu la manière, la prise de Pierre Vincent à la tête de l’équipe de France et des critiques tombaient en permanence. Aucun projet n’a été proposé. Et j’ai fait le choix d’arrêter l’équipe de France car je voulais sortir la tête haute. Je ne voulais pas avoir plus de déception et donner l’opportunité à quelqu’un de me gâcher ma fin de carrière internationale.

« C’est assez symbolique de porter ce maillot de l’équipe de France puisque mon premier match s’est déroulée dans la salle du Hainaut à Valenciennes. C’est une fierté de gagner des titres avec une ville. Représenter une ville, une région c’est valorisant car on a cette reconnaissance et fierté locale. Quant ensuite on représente un pays, ça prend une toute autre mesure. Je fais tout pour l’amour du maillot. Jouer pour l’équipe de France était quelque chose de très important. Et d’avoir pu rester aussi longtemps, c’était aussi une fierté. C’était important pour moi d’aller chercher des titres avec cette équipe de France ». 

BR : Pour ceux et celles qui vous ne connaîtrez pas, quel type de joueuse étiez-vous sur le terrain ? Comment décrire votre jeu ?

AS : J’étais une fille qui était surtout très driveuse. J’avais un jump shoot que peu de joueuses avaient finalement. Au fur et à mesure des années, ça a changé mais au départ je shootais pas vraiment à trois points puisque j’avais cette force de shooter derrière un dribble avec un jump shoot, ce qui était pas forcément courant chez les filles. On se souvient tous des shoots d’Odile Santaniello. C’était une des références dans ce registre-là. Pour les jeunes joueuses par la suite, j’étais la référence par rapport à ce tir. J’étais une grosse joueuse créatrice dans le drive. J’allais beaucoup au contact que ce soit pour tirer ou passer. Ma force a été aussi d’être une « combo ». J’étais capable de jouer autant meneuse de jeu que deuxième arrière. Etre né dans le basket m’a permis d’avoir une compréhension et une lecture du jeu qui m’a toujours énormément apporté. Et ca m’a fait parfois défaut. Quand je suis allé dans certains pays, où il fallait moins passer le ballon, je me suis fait rattraper par le fait que je lisais un peu trop le jeu. Je ne jouais donc pas assez pour moi et je donnais un peu trop de caviar (rires).

BR : Vous parlez justement de vos qualités et défauts. Quelles sont les autres qui ressortaient de la part de vos coéquipières, vos coachs en général durant votre carrière ?

AS : C’est mon caractère. Ceux qui m’ont coaché, accepté et apprécié en tout cas ont travaillé aussi longtemps avec moi et mon caractère. A contrario, des gens n’aimaient pas mon tempérament ou n’ont pas cherché plus loin pour me connaître. J’ai beau avoir une forte personnalité, je pense qu’il y a des gens qui se permettent de juger finalement sans me connaître. Je reprends l’exemple avec Pierre Vincent. C’est un coach qui n’a jamais cherché à me connaître. Peut-être que c’est mon caractère qui l’a bloqué à un moment donné. J’en sais rien ou alors c’est mon style de jeu (rires). Après je crois qu’il y a beaucoup de gens tout au long de ma carrière qui se sont posées une question : suis-je une meneuse, ou une arrière au poste 2. ? Je vais dire très honnêtement, je vais là où on a besoin de moi selon les positions des entraîneurs. Ca ne m’a jamais coûté trop cher. J’étais bien contente de jouer meneuse et d’être au poste 2. Ce combo, c’est plus une force qu’une faiblesse. Les gens étaient craintifs par rapport à mon caractère. J’ai jamais eu peur d’être une personne franche. J’étais quelqu’un de déterminé. Cela a du bon, du mauvais. C’était un moment ce que j’étais et c’est ce que je suis encore aujourd’hui.

Retrouvez vendredi la deuxième partie de notre entretien avec Audrey Sauret. Pour Basket Rétro, l’ex-joueuse de Valenciennes nous a parlés notamment de son rôle de consultante télé, de Manager Général à Charleville-Mézières et de ses souvenirs NBA. En attendant, découvrez ou revoyez le reportage sur le club de Valenciennes en 2003 diffusé sur Sport + et dans lequel on retrouve Audrey Sauret.

Un grand merci à Yann Cielat – Photographies de nous offrir ses clichés pour illustrer cette interview

Propos recueillis par Richard Sengmany

Montage Une : Laurent Rullier

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Découvrant le basket dans les années 90 grâce à la diffusion des matchs NBA sur Canal+, je rédige depuis plus de dix ans des articles sur la balle orange, sur d'autres disciplines sportives et la culture.

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